Cours IV : Soin des blessures par armes blanches

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Cours IV : Soin des blessures par armes blanches

Message par andaine le Dim 5 Juil 2015 - 12:16


Cinquième Cursus - Chirurgien
Cours IV : Soin des blessures par armes blanches






Les blessures par armes blanches préoccupent les chirurgiens depuis l’Antiquité
tant par leur diversification à la hauteur de la diversité des armes, que par leur gravité et leur complexité parfois pour les soigner.


Soigner sur les champs de bataille


Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il n'est pas si aisé d'être médecin sur un champ de bataille.
Il est en effet nécessaire de prendre en compte trois facteurs fondamentaux :


    - l'existence de moyens humains à proximité des troupes- l'existence de moyens matériels (pansements, compresses, lieux pour soigner)- la situation dans laquelle se trouve le blessé : est-il prisonnier ou non ? Si oui, a-t-il des chances d'être mis à rançon ...?


Le premier facteur semble bien évident, mais il est nécessaire d'avoir des serviteur autour de soi pour tenir sur la longueur, des hommes pour permettre le transport des blessés, mais aussi, et surtout, une équipe compétente pour permettre un travail le plus efficace possible.

Le second facteur reste peut-être le moins difficile à mettre en place. Le seul élément perturbateur se situe dans la géographie du site : l'installation d'un campement médical près d'une zone de combat doit tenir compte de la topographie, des éléments naturels (fleuves, forêts etc) et de la facilité d'accès du site.

Le troisième facteur, quant à lui, est le plus médical, mais entrent aussi en compte des compétences diplomatiques, économiques, politiques et militaires.

Vous l'avez donc clairement compris : s'il vous est demandé de travailler auprès d'un conflit militaire, il va vous falloir jongler sur plusieurs tableaux, et être capable de gérer toutes les situations qu'il vous sera possible de rencontrer.
Comprenez bien aussi que notre action est variable en fonction de la nature de la personne à soigner. L'Hostel-Dieu se doit de porter assistance à n'importe qui, quelque soit la classe sociale de la personne. Cela étant tout est chamboulé lors d'un conflit, et il vous sera parfois demandé de faire des choix, et de privilégier les soins pour une personne plutôt que pour une autre.
Gardez bien une chose en tête : sur un champ de bataille vous ne pourrez pas soigner tout le monde. Faites tout ce qui est en votre pouvoir, mais prenez surtout des décisions sélectives, même si cela reste difficile...


Les différents types d’armes blanches et les zones du corps touchées


Les armes ont été classées en cinq catégories :


  • Les armes tranchantes : épée, dague, hache...
  • Les armes perforantes, ou d'estoc : lance, épieu, pique...
  • Les armes de trait : flèche d'arc, carreau d'arbalète...
  • Les armes de jet : javelot..
  • Les armes contondantes : masse, marteau...


Chacun de ces groupes vise une zone bien précise de l'anatomie humaine.
Nous allons voir cela grâce à des exemples, et de manière plus précise. Nous prendrons pour modèle les armes les plus "courantes", celles que vous serez amener à rencontrer de manière plus habituelle sur les champs de bataille.

Ce n'est, cela dit, pas un cours sur l'art de la guerre. Nous ne ferons donc que survoler les différents éléments militaires pour parvenir à nous concentrer majoritairement sur leurs effets sur le corps humain, et notre action à nous, les médecins.

Les armes tranchantes
A l'évocation de telles armes notre esprit se dirige tout naturellement vers l'épée. Arme des nobles par excellence, on utilise son fil pour trancher les chaires.
Il vous sera aussi possible de rencontrer des blessures causées par des haches de guerre. Certes peu usitées, elles n'en restent pas moins présentes. De par leur lourdeur elles entaillent mais aussi déchirent les chaires, amenant parfois à ce que l'on appelle dans notre jargon une "bouillie difforme".


Les armes tranchantes semblent se concentrer majoritairement au niveau de la tête, du coup, bref de la partie haute du corps.
Cela s'explique aisément : ne pouvant détruire une armure, bien que parfois utilisées comme armes d'estoc (comme l'épée), elles sont tout naturellement dirigées vers les parties plus fragiles. Ajoutons à cela qu'un coup porté à la tête déséquilibre l'adversaire, surtout si ce dernier est à cheval, et permet ainsi sa chute.

Les armes perforantes
Maîtresse des armes d'estoc, la lance est la plus usitée lors des combats. Dans la même veine nous pouvons trouver la pique ou encore l'épieu. Ce dernier reste l'arme la plus simple, puisque ne peut être composé que d'un simple manche de bois dont le bout a été taillé en pointe puis chauffé pour en assurer une bonne résistance à l'impact.
Bien évidemment les pointe en acier reste les plus efficaces de nos jours, de par leur fort pouvoir perforant face à tout type d'armure.
Notons que l'épée peut être utilisée telle une arme d'estoc, ainsi que la hache si cette dernière est préalablement munie d'un pic en acier à son bout.

De par cette volonté de percer les armures, ces armes se dirigent tout naturellement vers l'abdomen et le thorax.
Mais il est important de signaler que de nombreux cas signalent l'utilisation d'armes d'estoc dans le but de crever les yeux des adversaires.
La plus célèbre mention d'une telle utilisation est celle de Jean du Luxembourg, qui lors de l'attaque de la forteresse d'Allibaudières en 1420, eut la mauvaise idée de lever la visière de son bassinet pour mieux voir : il reçut aussitôt un coup de lance dans l'oeil dont il perdit l’ usage.

Nous pouvons aussi insérer dans cette catégorie les armes de jet, puisqu'ayant les mêmes actions.

Les armes contondantes
On y trouve la masse, le marteau ou encore le fléau. Ce dernier reste pratiquement destructeur : constitué d'un manche en bois muni d'une chaîne métallique sur laquelle est accrochée une masse de fer, parfois hérissée de piquants en acier, elle est un réel danger pour les cavaliers.


Les blessures sont généralement situées à la tête ou au niveau des membres supérieures.
Les masses et marteaux d'armes étaient conçus pour asséner des coups d'une rare violence au crâne, mais ne négligez pas l'utilisation des pommeaux ou des gantelets, qui font eux aussi des ravages.

Les armes de trait
Flèches, carreaux, bref tout ce qui nécessite l'utilisation d'un propulseur. Nous pouvons donc tout à fait y inclure les pierres.

Considérons que de telles armes n'ont pas d'objectifs corporels "de prédilection". Qui plus est les blessures dues aux flèches et carreaux d'arbalètes sur le champ de bataille sont, il faut bien le dire, plutôt du fait du hasard. En effet les vagues sont aléatoires, et lors d'affrontements frontaux il n'y a pas de place pour la visée.
Cela diffère lorsque le combat se fait en état de siège : archers et arbalétriers disposent de plus de temps et d'une meilleure vue de l'ennemi, visant surtout le cou et le visage.


Soin des différentes blessures


Certaine partie du corps, comme le montre la gravure suivante, sont plus complexes que d’autres à soigner, et surtout plus graves. Les blessures à la tête nécessitent plus d’attention que celle situées sur les membres par exemple.
Je vous invite à lire l'ouvrage de Guillaume de Salicet, le Cyrurgia, pour approfondir vos connaissances sur le sujet.




Les blessures au niveau de la tête
La tête reste la principale cible lors des combats.
Généralement mortelle, il devient très difficile d'agir lors d'une telle blessure, et il est nécessaire que le médecin déploie toute sa compétence lors d'une intervention de la sorte.

Un flèche fichée dans le crâne d'un soldat reste le fait médical le plus difficile à cerner, et l'issue reste en général très approximative.
Comme nous le dit Guillaume de Salicet : "avant que tu te disposes à faire l’extraction de la flèche tu couperas les cheveux ( ... ), et alors agrandis la plaie avec le rasoir, afin que la flèche ait une libre issue" puis "premièrement, avec tes instruments de fer, tu enlèveras quelque peu de l’os sain qui est autour de la flèche, tout autour, circulairement, afin que plus légèrement, avec un moindre effort et sans grande douleur, et aussi sans commotion de toute la tète et du cerveau, la flèche puisse être arrachée par le médecin".

Lorsque tout est accompli de la manière la plus saine possible, préférez les médicaments à ingérer plutôt que les emplâtres. Une blessure au niveau du crâne peut amener à de graves complications, il faut donc laisser la plaie la plus propre possible et suturer au plus vite.

Si vous jugez que le malade ne supportera pas une telle opération, il est possible de laisser la pointe dans les chaires. Plusieurs cas existent, et ces personnes coulent des jours paisibles, jusqu'à ce que leur corps rejette de lui-même l'objet ferreux.
Cela étant ces cas sont des exceptions, qu'il ne faut surtout pas chercher à généraliser.

Les blessures au cou et à la gorge
Zone moins vulnérable, vous ne remarquerez que très peu de cas de ce genre de blessures lors d'un combat.
En effet le cou et la gorge sont des zones du corps peu exposées, mais si blessure advient, elle sera malheureusement mortelle dans la majeure partie des cas.

Si elle n'évolue pas de manière funeste, une blessure au cou, à la gorge ou à la nuque crée cela dit des complications irréversibles : perte de sensibilité de certains membres, difficultés respiratoires, perte du contrôle des voies urinaires, amnésie partielle etc...
Il est en notre pouvoir de limiter les dégâts, mais nous ne pouvons pas faire de miracles.

A ce niveau de notre développement il convient de vous rappeler une règle élémentaires : avec de telles blessures il ne faut surtout pas que le malade boive du vin. Excitant connu pour le cerveau et les nerfs, et surtout fluidifiant naturel du sang, il ne fera qu'aggraver les choses.

Les blessures au tronc et à la poitrine
Ces zones restent des cibles courantes, mais toujours moins que la tête, de par les diverses couches d'armure qui les protègent.
Mais chaque blessure devient de ce fait spécifique. Dans tous les cas si un organe est touché, n'importe lequel, la blessure sera indéniablement mortelle.

Il faut donc juste espérer qu'aucune flèche ou qu'aucune pointe de fer de se soit logée dans un organe, et ainsi permettre de pouvoir donner les soins les plus simples.

Les blessures aux membres supérieurs
Certes le bouclier reste une élément de protection très important, mais lorsque ce dernier est inexistant, les bras sont les premières zones touchées.
Des blessures à ces membres supérieurs se soldent malheureusement souvent par des amputations, car la vermine semble y grandir d'une manière plus fulgurante.

Les blessures situées au niveau des membres inférieurs
Les membres inférieurs sont beaucoup plus touchés que les membres supérieurs.
Bien évidemment les cavaliers sont les plus touchés, de par leur haute posture et l'exposition par conséquent plus grande de leurs jambes.

Comme nous le précise Guillaume de Salicet : "Si une flèche ou autre semblable est entrée dans la jambe, ou du moins dans ledit endroit, et avec cela sera entrée dans la substance de l’os, alors, tout de suite, selon l’ordre accoutumé plusieurs fois dit, mollifie la place où est la flèche et toute la plaie avec huile rosat chaude et un peu de safran, ou avec graisse de poule mêlée à ces choses, et bref dispose la partie pour la facile sortie de la flèche, ou bien avec ledit mollificatif, ou même avec une habile incision faite avec prudence. Et alors extrais la flèche délicatement selon les règles données au chapitre des plaies de tète avec flèches. Laquelle étant extraite, remplis de suite la plaie avec huile rosat chaude et un peu de safran, sans introduire de tente jusqu’au fond de la plaie, mais seulement l’huile susdite".

Sur le champ de bataille vous n'aurez pas beaucoup de temps pour la réflexion. En un seul coup d'oeil vous devez pouvoir donner un diagnostic, agir, et passer de suite au patient suivant.
De ce fait si vous rencontrez une blessure au pied, agissez en deux temps : si ce n'est qu'une simple entaille, laissez le soin de l'assainissement à l'un de vos aides ; si c'est une découpe ou la pénétration d'une arme de trait, entamez une procédure d'amputation sans attendre.




Cas le plus courant : l'extraction des flèches


L’extraction de flèches reste l'action la plus courante que vous aurez à faire lors d'un combat. Il existe plusieurs manières d'extraire les flèches, et celles-ci dépendent et de la forme de la flèche, et de la profondeur de la blessure.

Nous pouvons cependant retenir deux règles essentielles :


  • Tous les traits se retirent ou par l’endroit par lequel ils sont entrés, ou par celui vers lequel ils tendent à sortir
  • On doit éviter soigneusement de ne couper ni nerf, ni veine, ni artère considérable


Pour extraire une flèche, il faut dans un premier temps enlever la hampe qui, bien souvent seulement emboitée, se retire facilement.
Ensuite, il nous faut sonder la blessure, et la nettoyer également afin de voir où se trouve le fer de la flèche et enlever toute impureté qu’elle pourrait contenir.

Si le fer est prêt à sortir du coté opposé, nous utiliserons alors l’impulsoir pour le faire sortir. Il faut placer l’instrument dans la douille de la flèche par le trou laissé par la pointe et pousser la flèche en avant. Lorsque celle-ci est prête à sortir, une incision en croix est nécessaire pour limiter le déchirement des chaires. Il ne reste plus qu’à pousser une dernière fois pour faire sortir la flèche.

Si le fer dépasse un peu, on utilisera des pinces à bec d’oiseau pour tirer dessus et l’extraire.
L'extraction se fera dans un mouvement de torsion de la main avec la pince jusqu'à ce que le fer sorte. Si le fer ne vient pas, on peut ramollir les tissus en utilisant une lotion à base d’huile de rosat, de jaune d’œuf et de safran, comme nous l'a expliqué Guillaume de Salicet précédemment.

Si la flèche est profondément enfouie et que l’utilisation de l’impulsoir ou de la pince s’avère impossible, il faut alors inciser autour de la plaie. Dès que l’ouverture est assez grande, on pourra alors utiliser la pince pour faire sortir le fer.

Dans tout les cas de figure, dès que le fer est extrait il convient de traiter la blessure comme une blessures classique, en prenant cependant grand soin d’eliminé toute impureté que la flèche aurait laisser avant de suturer la plaie.


Cours rédigé par Adeline de Courcy et Meleagre d'Aeden,
Médecins diplômés de l'Ostel-Dieu de Paris


Notes:
Aucune note pour ce cours, puisque nous sommes ici devant des explications qui entrent dans le domaine de la chirurgie, et plus précisément de la chirurgie militaire. Cette dernière reste un domaine d'étude très spécifique, et en parler pourrait nous amener à faire des erreurs. La vision médiévale, plus claire et moins complexe, reste donc au coeur de ce cours, tout en gardant en tête l'évolution habituelle de la science aux cours des siècles.
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Re: Cours IV : Soin des blessures par armes blanches

Message par andaine le Dim 5 Juil 2015 - 12:16

Questions

1) L'épée reste l'arme la plus usitée. Mais quelles sont les deux manières différentes de l'utiliser ?
2) Si une blessure se situe près de cerveau ou au contact de plusieurs nerfs, quelle médication est à prohiber ?
3) Si le fer d'une flèche doit être extrait par le point de sorti, quel objet faut-il utiliser ?

Réponses

1) On utilise son fil pour trancher les chairs. C'est une arme tranchante mais elle peut également estre utilisée comme arme d'estoc ou arme dicte perforante.

2) Avec une telle blessure il ne faut surtout pas que le malade boive du vin. Excitant connu pour le cerveau et les nerfs, et surtout fluidifiant naturel du sang, il ne fera qu'aggraver les choses.

3) Il faudra faire usance de l'impulsoir. Il s'agit d'un instrument à placer dans la douille de la flèche par le trou laissé par la pointe qui poussera la flèche en avant.
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