La variole

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La variole

Message par andaine le Dim 25 Juin 2017 - 13:19

Sixième Cursus - Le Médecin
Cours II : Les épidémies

La variole






La variole est un fléau redoutable et redouté.
Apparuee en Chine durant le Ier siècle de notre ère, enleva plus d’un tiers de la population italienne sous Marc Aurèle.
D’abord appelée « petite vérole », elle arriva dans le Royaume de France au VIe siècle, puis se répandit en méditerranée au XIIe siècle.
Ce fléau causa d'effroyables pandémies responsables de millions de morts.

Mais nous n'avons que très peu d'informations sur son développement au fil des siècles 1.



Les symptômes

Il nous est possible de suivre l'évolution de la maladie avec exactitude.
Tout d'abord il est à noter que la période entre la contamination et l'apparition des premiers signes (durée d'incubation) est classiquement de 10 à 14 jours.

Au bout de ces quelques jours nous voyons l'arrivée des premiers symptômes : une fièvre élevée, de la fatigue, des maux de tête et des maux de dos. A ce stade la maladie ne se différencie pas vraiment d'autres maladies plus bénignes.

Deux à trois jours plus tard, des éruptions cutanées apparaissent, surtout au visage, aux bras et aux jambes.
Ces éruptions commencent par des lésions papuleuses plates 2, se transformant peu après en petites vésicules 3, pour ensuite devenir pustuleuses 4. Les pustules, habituellement logées profondément dans la peau, sont rondes et dures.

Les lésions sont rarement saignantes, mais si elles le deviennent nous entrons dans une situation gravissime.

À mesure que les pustules continuent de grossir, la personne atteinte de variole éprouve habituellement beaucoup de douleur et continue à avoir une forte fièvre. Des croûtes commencent à se former vers le 8e ou le 9e jour après le début des éruptions. Puis, les croûtes tombent, laissant des cicatrices creuses.

La variole tue un malade sur cinq chez les adultes, pour un malade sur trois chez les enfants.
Quand elle ne tue pas, elle laisse souvent un visage grêlé, défiguré à vie.

Il est important de ne pas confondre la variole et la varicelle. Cette dernière présente aussi une période d'incubation de 14 à 16 jours, de la fièvre et des éruptions sur le scalp, le tronc et le visage. Mais la principale différence se situe au niveau des lésions de la varicelle qui n'évoluent pas toutes de la même manière : contrairement à la variole elle ne suive pas le processus de transformation en même temps.


Le traité de Rhazes

De son nom complet Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi, il est aussi connu sous le nom de Razi (persan: رازی ) ou Al-Razi, ou Ar-Razi, ou Ibn Zakaria (Zakariya) ou (en latin) comme Rhazes et Rasis 5.
Bref, sous une multitudes de noms qui, vous en conviendrez, ne facilite pas les recherches à son sujet !

Il est né en 865 et mort en 925 à Ray en Perse.
Il fut un scientifique pluridisciplinaire perse qui a énormément contribué dans les domaines de la médecine, l'alchimie et la philosophie.

Il réalisa de nombreux ouvrages, plus de 230, dont deux traitent de la variole. Il en parle dans le volume 17 de son encyclopédie "Kitab Al-Hawi" et écrit un traité complet sur le sujet : le "Al-Jadri Va Al-Hawi". Vous trouverez ce dit Traité dans la bibliothèque.
C'est le plus ancien et, paradoxalement, le plus complet sur le sujet.

Sa description de la variole y est très minutieuse : il y détaille les différentes phases éruptives, ce qui en fait un véritable modèle. En effet, depuis, rien n'a été ajouté sur les symptômes de la variole.
Il émet de plus la possibilité de l'existence d'une sorte de virus se transmettant de la mère à l'enfant mais aussi entre individus.

Voici ce qu'il nous dit sur la variole et son possible "traitement" :


    "Dès qu’apparaissent les symptômes de la variole, on doit prendre un soin particulier des yeux, puis de la gorge et ensuite du nez, des oreilles et des articulations de la façon que je vais décrire. Outre ces parties du corps , il sera quelquefois nécessaire pour nous d’étendre nos soins aux plantes des pieds et aux paumes des mains : de temps en temps, elles peuvent être source de terribles souffrances car l’éruption de la variole est particulièrement douloureuse en ces endroits où la peau est épaisse. Aux premiers symptômes varioliques, verser régulièrement goutte à goutte de l’eau de rose dans les yeux, laver le visage avec de l’eau froide plusieurs fois par jour et asperger les yeux en même temps. En cas d’atteinte sévère, on doit enduire les paupières avec un collyre composé de pavot, de lycium doux, d’aloès, d’acacia, de safran…"



Il énumère aussi sept principes censés assurer la préservation de la santé.
Nous jugeons qu'il est intéressant dans parler ici, bien que ces sept préceptes ne concernent pas la variole.


    1. Modération et équilibre lorsque le corps est en mouvement et lorsqu'il est au repos. 2. Modération en mangeant et en buvant. 3. Élimination des surabondances. 4. Amélioration et réglementation des habitations. 5. Éviter les excès néfastes avant qu'il ne deviennent incontrôlables. 6. Entretenir une harmonie entre les ambitions et les résolutions. 7. Se forcer à acquérir les bonnes habitudes notamment concernant la pratique de l'exercice physique.







Protocoles thérapeutiques

Il est tout d'abord important de signaler que la variole est toujours restée hors de portée d’un traitement efficace 6.

De nos jours il n'existe qu'un seul traitement de fond : la variolisation.
Sa première mention écrite a été effectuée par Aaron, médecin d'Alexandrie. Dès le IIIe siècle, les chinois pratiquaient la variolisation : il s'agissait d'inoculer une forme qu'on espérait peu virulente de la maladie en mettant en contact la personne à immuniser avec le contenu de la substance suppurant des vésicules d'un malade.
Un moine Taoïste apporta la technique d'inoculation qui se diffusa progressivement dans toute la chine. Le résultat restait cependant aléatoire et risqué, le taux de mortalité pouvait atteindre 1 ou 2 %.

Les couleurs peuvent aussi être utilisées dans les protocoles thérapeutiques, à titre curatif, quand la pharmacopée reste impuissante.
C’est ainsi que nous pouvons utiliser la couleur rouge dans le traitement de la variole, de la scarlatine, de la rougeole ou de la varicelle.
Les chambres des malades doivent donc être drapées de rouge.

Sans aller jusqu’à, selon l’adage populaire, "soigner le mal par le mal" en traitant par le rouge les affections éruptives, ni avoir prouvé le pouvoir curateur de telles pratiques, on peut quand même retenir la photophobie 7 de ces patients et l’amélioration de leur vie ou de fin de vie par leur confinement en chambre sombre, ou en ambiance colorée rouge, dont la perception est proche de la vision nocturne.



Cours rédigé par Meleagre d'Aeden,
Médecin diplômé de l'Ostel-Dieu de Paris



Notes a écrit:
1 Son impact n'est réellement notable qu'après le XVe siècle. A la rédaction de ce poste nous sommes en 1459 sur les Royaumes, donc avant l'une des plus grandes épidémies de variole de l'histoire : celle qui décima les populations amérindiennes lors de la conquête du Nouveau Monde, dès 1518. Et c'est à partir de cette date que nos connaissances historiques sur le sujet se sont développées.
À la fin du XIXe siècle, elle continuait encore de faire des milliers de morts dans les populations sensibles, comme celle d'Hawaï par exemple, exposée au virus par les explorateurs européens.


2 Lésion élémentaire sèche (ne contenant pas de liquide) de la peau se caractérisant par un léger relief cutané.

3 Inflammations de la peau remplies de liquide transparent (= cloques)

4 Lésions cutanées se caractérisant par un soulèvement bien délimité de l'épiderme et contenant un liquide purulent (du pus)

5 Son adage : "La vérité, en médecine, est une moyenne qu'on ne peut atteindre ; tout ce que l'on peut lire dans les livres a beaucoup moins de valeur que l'expérience d'un médecin qui pense et raisonne [...]. La lecture ne fait pas le médecin, mais bien l'esprit critique et le talent d'appliquer à des cas particuliers les vérités dont il a connaissance"

6 Il n'existe aucun médicament pour lutter contre ce virus.
En revanche, un vaccin a été trouvé, et a largement contribué à l'éradication de la maladie, dans une campagne lancée par l'Organisation mondiale pour la santé (OMS) dès 1958.

Il n'y a plus eu aucun cas de variole dans le monde depuis 1977. L'OMS a donc déclaré la maladie éradiquée deux ans plus tard, en 1979. "Le virus est toutefois conservé dans deux laboratoires, en Russie et aux Etats-Unis", précise Antoine Flahaut, directeur de l'Ecole des hautes études en santé publique.


7 Crainte de la lumière, due le plus souvent à une impression pénible et même douloureuse qu'elle provoque
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