la dysenterie

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la dysenterie

Message par andaine le Dim 25 Juin 2017 - 13:13

Sixième Cursus - Le Médecin
Cours II : Les épidémies

La dysenterie






Causes de la dysenterie

Une des premières descriptions de la dysenterie remonte à Hippocrate, mais c’est réellement avec l’historien Thucydide 1, au Ve siècle avant notre ère, que nous avons une présentation détaillée d’une épidémie de dysenterie, lors de la guerre du Péloponnèse (à savoir de 431 à 404 avant notre ère).
Nous avons aussi de nombreuses descriptions grâce au médecin grec Galien 2.

Mais il faut bien le dire : en réalité, il n'existe que peu de données sur l'histoire ancienne de la dysenterie. Nous pouvons cela étant constater que chaque mention de cette maladie est souvent associée à une guerre. En effet, elle est généralement décrite en relation à des facteurs sanitaires et des moyens d’hygiène précaires, liée en général à de grandes concentrations de personnes comme cela est le cas autour des campagnes militaires ou lors de grands combats.

L’insuffisance en eau et en latrines a sans doute été des facteurs de manque d’hygiène ayant contribué à la dissémination de cette maladie très contagieuse. Elle est provoquée par l’ingestion d’aliments qui provoquent une maladie dans laquelle l’inflammation des intestins affecte gravement le corps. 3

La dysenterie provoque des épidémies dans le monde entier, touchant à chaque fois plus de 500 000 victimes, et en tuant des milliers 4.
Rares ont été jusqu'ici les études effectuées sur la propagation de la dysenterie. Elle se transmet avant tout par contact de personne à personne. Les épidémies surviennent généralement dans les zones pauvres et à tout âge.

A ce sujet, et selon Hippocrate : "Les enfants âgés de 5-10 ans sont les plus vulnérables et meurent le plus fréquemment. La maladie est plus redoutable chez les personnes âgées que chez les personnes d'âge moyen".


Symptômes

Nous allons commencer par une description générale, que nous présente Grégoire de Tours 5 : "Au moment où les rois en discorde se préparaient encore à la guerre civile, toute la Gaule fut envahie de la dysenterie : ceux qu’elle attaquait étaient saisis d’une forte fièvre, avec des vomissements et de grandes douleurs dans les reins ; leur tête et leur cou étaient appesantis ; ce qu’ils vomissaient était couleur de safran ou même vert."

Les selles, fréquentes et aqueuses, sont donc souvent mêlées de sang, mais aussi de mucus ou de glaires.

Outre une diarrhée sanglante, la dysenterie provoque souvent des crampes abdominales, de la fièvre et des douleurs rectales. Des complications, peu fréquentes mais existantes, peuvent intervenir : des convulsions, une insuffisance rénale et/ou un affaiblissement du sang.

Le malade éprouve des envies fréquentes d'aller à la selle, et ressent de la douleur au siège.
C’est avec douleur aussi qu'il cède au besoin, pour rendre peu de chose chaque fois, et chaque fois avec des tranchées plus vives. Il obtient ensuite un peu de soulagement, mais le repos est de courte durée.

Nous pouvons donc résumer de la manière suivante :


    - une forte fièvre - des vomissements couleur de safran ou même vert - de grandes douleurs dans les reins - la tête et le cou sont appesantis - une diarrhée sanglante



Nous pouvons là encore citer Hippocrate pour conclure : "Les dysenteries, quand elles sont accompagnées de fièvre, des évacuations alvines de caractère mixte ou d'une inflammation du foie, de l'hypochondre, ou de l'estomac, tels que la douleur, avec une rétention des aliments et soif, alors leur évolution est mauvaise ; plus les symptômes sont nombreux et plus le danger est grand."





Différents remèdes

Plusieurs solutions existent pour, si ce n'est réellement soigner, soulager les douleurs du malade.

Nous pouvons tout d'abord prendre modèle sur Celse 6 et son Traité de médecine.
Voici ce qu'il nous dit :


    "Il faut d'abord garder le repos, car toute agitation favorise les ulcérations ; puis on doit prendre à jeun un verre de vin, auquel on ajoute de la racine de quintefeuille écrasée [...] Toutes les fois qu'on va à la selle, il faut se laver avec une décoction chaude de verveine. On mangera du pourpier cuit, ou confit dans de la saumure forte ; et les aliments solides et liquides seront tous astringents. Si la maladie dure déjà depuis un certain temps, on peut donner des lavements avec les substances suivantes : crème d'orge mondé, lait, graisse fondue, moelle de cerf, huile, beurre avec l'huile rosat, blancs d'œufs crus, mêlés à la même huile, décoction de graine de lin, ou bien jaunes d'œufs délayés dans une décoction de feuilles de roses, si le malade est sans sommeil. Ces remèdes apaisent la douleur, rendent les ulcères plus bénins. Ils deviennent surtout utiles lorsqu'il y a du dégoût pour les aliments. Thémison7prescrivait en pareil cas de la saumure forte et très âcre. Il faut que les aliments soient de nature à tenir le ventre légèrement resserré. [...] S'il existe un peu de fièvre, on fera boire de l'eau pure chaude, ou de l'eau qui soit astringente. S'il n'y a pas de mouvement fébrile, on pourra prendre du vin léger et astringent. Lorsqu'au bout de plusieurs jours ces remèdes n'ont rien produit, et que le mal est déjà ancien, l'eau bien froide prise en boisson a le pouvoir de resserrer les ulcères et de préparer la guérison ; mais dès que le flux de ventre est arrêté, il faut s'empresser de revenir à l'eau chaude. Quelquefois on remarque dans les évacuations une sanie putride d'une extrême fétidité ; d'autres fois on ne rend que du sang pur. Contre les déjections sanieuses on emploie les lavements d'eau miellée. Le minium en substance, pilé avec une hémine de sel et délayé dans de l'eau, compose aussi un lavement efficace contre l'ulcère putride des intestins. Quant à l'écoulement de sang, on le réprime à l'aide des boissons et des aliments qui resserrent."



Nous pouvons aussi utiliser une préparation à base d'opium qui trouve une utilité à la fois contre les crises de gouttes mais aussi pour le traitement de la diarrhée 8.

D'un point de vue préventive les règles d'hygiène sont, là encore, primordiales.
Il s'agit notamment de se laver les mains avec attention après défécation et avant la manipulation des aliments. Il fut aussi utiliser une eau de boisson propre et veiller à de bonnes pratiques de préparation et de stockage des aliments ainsi qu'à l'évacuation des excréments dans des conditions appropriées.
Notre rôle est de surveiller la bonne tenue de toutes ces règles d'hygiène.



Cours rédigé par Meleagre d'Aeden,
Médecin diplômé de l'Ostel-Dieu de Paris



Notes a écrit:
1 Né aux environs de 460, Thucydide est issu d'une très noble famille, les Eupatrides. Il meurt assassiné entre 400 et 395.
Thucydide est l'auteur de L'histoire de la guerre du Péloponnèse, oeuvre dans laquelle il retrace l'origine du conflit et rapporte les événements année après année.


2 Né à Pergame en 131, mort à Rome ou à Pergame vers 200.
Il étudia la philosophie et la médecine. Ses théories physiologiques, pathologiques et anatomiques, régnèrent jusqu'au milieu du XVIIe siècle.


3 La dysenterie peut être provoquée par différents germes, dont les plus importants sont les shigelles. Shigella dysenteriae type 1 (Sd1), le bacille de Shiga, est le plus virulent des quatre groupes de shigelles. Sd1 est la seule cause de dysenterie épidémique.

4 Sd1 continue d'être signalée sporadiquement dans les Amériques. En Afrique, la dysenterie épidémique à Sd1 est apparue à l'est du Zaïre en 1979 et sa présence a été confirmée depuis en Afrique du Sud, en Angola, au Burundi, en Ethiopie, en Guinée équatoriale, au Kenya, au Malawi, au Mozambique, en Ouganda, au Rwanda, à Sao Tomé-et-Principe, au Swaziland, en Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwe.

5 Grégoire de Tours (538 à 594 après Jésus Christ), de son vrai nom Georgius Florentius Gregorius, fut élu évêque de Tours, en 573. C'est à cette époque qu'il rédigea sa principale oeuvre, "Histoire des Francs".

6 On connaît peu de chose de sa vie : il semble cependant certain qu'il ait vécu au temps de l'empereur Auguste (de la fin du 1er avant J.C. au début du 1er après J.C.).
L'ouvrage "De Medicina libri octo" est la seule partie de son œuvre qui nous soit parvenue. Il représente le premier ouvrage complet sur la profession médicale.


7 Thémison de Laodicée fut un médecin grec du ier siècle av. J.-C.

8 Préparation reprise plus amplement par Thomas Sydenham, médecin du XVIIe siècle, avec son laudanum. Il en donne une composition exacte en 1660 : poudre d'opium officinal (110 g), safran incisé (50 g) et alcool à 30° (ou vin de Malaga) (920 g).
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