La peste

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La peste

Message par andaine le Dim 25 Juin 2017 - 13:10


Sixième Cursus - Le Médecin
Cours II : Les épidémies

La peste






Les épidémies de peste

En travaillant sur l’ensemble des archives du Royaumes de France et de l’Empire, nous avons pu retrouver traces de la première grande manifestation de peste.
Elle daterait du VIe siècle et fut nommée « Peste de Justinien », et ravagea la majeure partie du monde oriental. A la fin du VIe siècle elle gagna nos contrées, et fut tellement importante qu’elle raya presque totalement des villes importantes de la carte.

Les siècles suivants ne furent traversés que par des épidémies de moins grande importance. Mais un médecin ne doit en aucun cas laisser de côté de tels évènements, si bénins soient-ils. Notre travail est de trouver, décrypter et comprendre ces signes avant coureurs.

C’est au XIVe siècle, soit trois à quatre générations avant nous, que nous pouvons rencontrer la plus grande épidémie de peste connue à ce jour. On dit qu’elle était venue de pays de l’Est et quelle gagna la Méditerranée en très peu de semaines.
La peste de 1348 fut le plus meurtrière de toutes.
Entre la moitié et les deux tiers de la population furent décimés à ce moment. On meurt en deux jours et les condamnés sont libérés pour ramasser les cadavres par charrettes entières. Le mal est si grand qu’il y a des débordements hystériques et religieux. Ceux qui ne sont pas morts de la peste meurent de la famine qui s’ensuit.

Partout où elle passe l’épidémie est contagieuse, c’est un point nécessaire à garder en tête.
Et nous, nous sommes en première ligne. Nous sommes les plus sujets à une contamination. Nous allons expliquer dans les points suivants comme il est possible de se prévenir, mais rien ne permet d’affirmer que ce genre de prévention empêche la contamination des médecins, religieux et autres personnes qui travaillent auprès des malades.
Sachant qu’il y a moins de deux siècles, nos confrères ne parvenaient à sauver qu’un malade sur dix, et ce assez difficilement. Nos techniques ont évolué, mais le danger est toujours très important.

Gardons en mémoire les mots de Guy de Chauliac : « La peste, dit-il, fut inutile et honteuse pour les médecins, d'autant qu'ils n'osoient visiter les malades de peur d'être infectés; et quand ils les visitoient ny faisoient guères et ne gagnoient rien; car tous les malades mouroient, excepté quelque peu sur la fin. »


Reconnaître la peste

Nous savons que la peste peut revêtir plusieurs aspects, et donc les symptômes divergents…

Prenons pour modèle Guillaume de Nangis, qui nous présente la liste des trois symptômes les plus significatifs : des tâches charbonneuses, des grosseurs et une prostration des forces. Une haleine fétide est aussi un bon moyen de reconnaître un pestiféré.

Citons de plus Giovanni Boccaccio : « On sentait naître sur les différentes parties du corps des tumeurs qui insensiblement devenaient aussi grosses que des oeufs, et quelquefois davantage, suivant les tempéraments. Peu de temps après, ces tumeurs gagnaient de proche en proche et dès ce moment il n'y avait plus de ressources, on voyait aussi le mal se produire par des taches noires ou blanchâtres tantôt larges et rares, tantôt petites et en grand nombre… »

Nous pouvons aussi trouver des crachements de sangs, de douleurs abdominales, ou encore des difficultés à la respiration.
Nous pourrions alors définir la peste sous deux formes : celle donnant les tâches noires, et celle apportant des difficultés respiratoires. 1



Il nous est possible de lister les symptômes de la manière suivante :


    - Frissons et fièvres - Douleurs, dans l’ensemble du corps - Grosseurs, généralement au niveau des extrémités basses (jambes, pieds) et sous les aisselles - Troubles mentaux, avec beaucoup d’agitation parfois de la démence



Nous rajouterons, si la peste touche la respiration, les symptômes suivants :


    - Forte toux - Difficultés à respirer - Toux accompagnée de sang et de pus



Pour développer notre propos dans un ordre chronologique nous pouvons donc dire qu’en premier lieu le patient ressent l’action de la maladie plusieurs heures après avoir été contaminé. Les principaux symptômes sont la fièvre, les douleurs aux articulations, les maux de teste, et une importante sensation de fatigue.
Ensuite apparaissent des ganglions, ou bubons, qui augmentent de taille et sont particulièrement douloureux et sensibles. Ils sont de couleur rouge, ou rose, et dégagent une certaine chaleur perceptible au toucher.
Les derniers stades de la maladie sont la prostration sur place durant de longues périodes, une augmentation significative de la vitesse de battement du cœur, quelque fois la survenue de convulsions et de délires.


Causes et prévention 2

Nous n’avons pas de solution miracle pour empêcher la propagation d’une telle maladie, puisque nous n’en connaissons pas encore précisément les causes.3

Il est cela dit évident que toute zone insalubre, à savoir donc les zones marécageuses, les bouges des grandes villes, les eaux croupissantes et autres lieux où les déchets foisonnent, sont les plus sujets à recevoir une épidémie, ou à aider à sa profusion. Et nous ne parlons pas uniquement de la peste, mais de toute autre maladie.
De ce fait nous pouvons considérer que l’atmosphère vicié est la cause principale de contamination.
L’hygiène est donc primordiale, et c’est en ce sens qu’il faut regarder le problème.

Mais outre les causes, ce qui importe le plus est de savoir comment se prémunir face à un tel fléau.
Il est besoin d’aérer les pièces au remugle manifeste pour tenter d’évacuer les miasmes ambulants. De même, il est souhaitable de faire brûler de l’encens ou de la myrrhe pour plus de sécurité ; pour ceux qui ne peuvent s’acheter pareils produits, on se contentera de romarin ou même de la fumée d’un simple feu de bois.
Le médecin doit être efficace par n’importe quel moyen, et avec n’importe quels herbes, simples ou objets à sa disposition. Il est donc nécessaire de s’adapter au mieux.

Une idée populaire nous dit que « les chevriers et palefreniers sont protégés du mal ». Il est donc en l’idée de supposer qu’il est préférable d’élever un bouc dans sa chaumière et subir les désagréments qui s’ensuivent que de succomber à la peste. N’oublions tout de même pas le principe d’hygiène primordiale.

On ne saurait par ailleurs oublier les bienfaits du feu purificateur, la flamme assèche. Mais il ne faut évidemment pas pour autant que le feu conduise à une chaleur étouffante, ce qui augmenterait la fièvre des malades… En effet, l’essentiel est de ne pas trop s’échauffer.

Lorsque la peste sévit à Florence, au XIVe siècle, Boccacce écrit dans son Decameron : "Pour soigner les malades, il n'y avait ni diagnostic de médecin, ni vertu de médicament qui parût efficace ou portât profit. Au contraire soit que la nature de la maladie ne le permis pas, soit l'ignorance des praticiens les empêchât de déceler l'origine du mal et, partant, d'appliquer le remède approprié, non seulement peu de gens guérissaient, mais presque tous mouraient dans les trois jours de l'apparition des symptômes susdits
Ils usaient des choses à suffisance et suivant leur appétit et, au lieu de s'enfermer chez eux, circulaient alentour, tenant à la main qui des fleurs, des herbes odorantes, qui diverses sortes d'aromates, les portant souvent aux narines, et jugeant excellent de se conforter le cerveau avec de tels parfums, car l'air était tout infecté et empuanti par l'odeur des cadavres."




Maintenant entrons dans un avis un peu plus…personnel.

J’ai eu la possibilité de rencontrer une « sorte » de peste quelques temps après avoir reçu mon diplôme de l’Hôtel-Dieu… Je dis une sorte car nous n’avons pas eu tous les effets cités plus haut, ni de réel contagion.
Le cas, une vieille femme, a été recueilli à l’Herboristerie de Rouen, où j’officie. Outre l’isolement de cette patiente, nous avions convenu d’une chose qui, à mes yeux, est très importante.
A chaque manipulation nous nous lavions les mains au vinaigre. Nous savons que ce liquide a pour vertu de nettoyer les plaies, mais aussi les saletés en tous genres.
Nous faisions de plus en sorte de couvrir nos bouches d’un linge baigné dans le dit vinaigre, cela pour éviter que les miasmes et autres nuées ne touchent nos propres voies respiratoires. 4


Remèdes

Les traitements sont nombreux, et possèdent une efficacité variable.

On évitera tout d’abord l’exercice physique, comme pour toute personne malade cela dit.
Les sueurs ont des propriétés dangereuses, et sont un conducteur des poisons dans notre corps.
En ce qui concerne la nourriture, nous préconiserons le saumon, les fruits secs (pour éviter d’ajouter à la moiteur des entrailles) ou encore les gousses d’ail (pour occulter les odeurs de putréfaction).

Le meilleur des remèdes est encore le vinaigre, ennemi de la pourriture, comme nous l’avons expliqué juste avant.

Il est important de noter que, dans la majeure partie des cas, lorsque les bubons se forment, il est souvent déjà trop tard pour agir. Mais cela ne doit pas être une règle immuable. Il ne faut en aucune façon relâcher nos efforts. La vie d’un patient, bubons ou pas, prime. Nous devons donc faire notre possible pour aider à la guérison.
Il est bon de tenter de refroidir le corps pour faire tomber la fièvre, et d’essaye d’expulser les humeurs putrides par tous les moyens : vomissements, saignées, etc.
Pour les bubons, nous conseillons la pose de cataplasme pour aider à leur mûrissement.

Pour tenter d’endiguer le mal, plusieurs recommandations furent édictées par nos précédents confrères.
Il est conseillé de brûler des troncs de choux et des pelures de coings aux côtés du malade. Nous pouvons aussi allumer des feux de bois odoriférants dans les chaumières.
La pratiquer de nombreuses saignées est un point qui se retrouve dans de nombreux ouvrages. Le fait d’administrer des émétiques 5 et des laxatifs permet aussi d’évacuer le mal.

Nous ne devons pas juger des croyances de nos patients, ce n’est pas notre rôle. Cela étant les autorités religieuses conseillent d’organiser des processions solennelles pour éloigner les démons et de prier les saints guérisseurs, comme Saint-Roch ou Saint-Sébastien. Elles nous conseillent aussi le traitement « électuaire des trois adverbes », à savoir « cito, longe, tarde », que nous pouvons traduire par « (pars) vite, (va) loin, (reviens) tard ».

Il est aussi bien évidemment que la thériaque 6 possède une importance non négligeable, comme pour de nombreuses maladies, et nous pouvons aussi proposer l’utilisation de bézoards 7 ou d’autres sécrétions animales.



Cours rédigé par Meleagre d'Aeden,
Médecin diplômé de l'Ostel-Dieu de Paris



Notes a écrit:
1 La peste se présente sous trois formes : bubonique (Forme la plus fréquente en milieu naturel. Le bubon est une adénopathie (ou ganglion augmenté de volume) ou paquet ganglionnaire), septicémique (Elle est la plupart du temps une complication de la peste bubonique, due à une multiplication très importante des bacilles dans la circulation sanguine) et pneumonique ou pulmonaire (Forme plus rare que la peste bubonique, mais nettement plus dangereuse et extrêmement contagieuse, elle survient lorsque le bacille pénètre directement dans l'organisme par les poumons (et non par la peau, après une piqûre de puce).

2 Le contenu de cette partie fait référence au notions du Moyen Age. La médecine actuelle, le vaccin découvert, et les différents médicaments que nous connaissons, rendent bien évidemment caduques tous ces propos médiévaux.
Il est bien évident qu'il en est de même pour la partie concernant les remèdes.


3 La peste est une maladie à multiples facettes qui est mortelle pour l'Homme. Elle est causée par le bacille Yersinia pestis, découvert par Alexandre Yersin de l'Institut Pasteur en 1894, qui est aussi responsable de pathologies pulmonaires de moindre gravité chez certains petits mammifères et animaux de compagnie. Elle est principalement véhiculée par un rat, le Rattus rattus, qui la transmet à l’homme par l’intermédiaire de puces infectées. Les rongeurs sauvages constituent le réservoir naturel de la maladie. Les lagomorphes (lapin, lièvre) et carnivores peuvent infecter l'humain par contact avec un animal infecté ou morsure de ce dernier.

4 Technique de prévention médiévale tirée de l'ouvrage Un monde sans fin, de Ken Follett.

5 Les émétiques, ou vomitifs, sont des substances capables de provoquer un vomissement.

6 Contre-poison exclusif durant l'Antiquité et le Moyen Age. Son action est attestée pour l'atténuation des douleurs, le repos et la détente. Tout cela est principalement du à l'utilisation de l'opium dans ce mélange, mais le liquide possédait des composés chimiques très nocifs.

7 Le bézoard est un corps étranger que l'on trouve le plus souvent dans l'estomac des humains ou des animaux ruminants.

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