Le scorbut

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Le scorbut

Message par andaine le Dim 25 Juin 2017 - 12:58

Sixième Cursus - Le Médecin
Cours I : Les maladies

Le scorbut




"La pluie fut continuelle, aussi le scorbut se déclara-t-il sur huit ou dix matelots.
L'humidité est un des principes les plus actifs de cette maladie..."




Histoire du scorbut

Le scorbut est l'une des maladies les plus anciennement connues 1.
On en trouve traces dans les écrits de Pline l’Ancien. Dans son ouvrage "Histoire naturelle", il donne le nom de Stomacace, une maladie scorbutique qui affecta l'armée de Germanicus, alors campée non loin du Rhin.

Une description précise du "fléau" est faite par le Sire de Joinville dans son récit de la croisade de Saint Louis en Egypte au XIIIe siècle. L'armée du Roy fut presque entièrement détruite par la maladie sous une de ses formes les plus graves, et depuis cet épisode on a pu assez souvent observer que cette maladie faisait de nombreuses victimes dans les armées campées dans des lieux humides et insalubres.

Mais c'est avant tout en mer que ce fléau prend toute son ampleur. Les équipages sont souvent décimés par ce mal qui affaiblit les marins, déchausse leurs dents et couvre leur corps de taches et de pustules.
En parallèle des avancées maritimes, le scorbut devint alors plus présent et virulent.


Apparition et symptômes

Hippocrate sera l'un des premiers à décrire les symptômes de cette maladie, qu'il nomme sous le nom de "troisième espèce de volvulus".

"Ceux, dit-il, qui sont attaqués de cette maladie, ont l'haleine puante, les gencives molasses, et sont sujets à une hémorragie du nez ; ils ont quelquefois des ulcères aux jambes, lesquels se cicatrisent, tandis que d'autres paraissent de nouveau. La couleur de ces malades est noire, leur peau mince et délicate ; ils sont dispos et alertes". Il ajoute ensuite que cette maladie demande un traitement long, qu'elle guérit difficilement, et qu'elle accompagne souvent le malade jusqu'au tombeau.

De nombreux capitaines de vaisseaux ont aussi décrits les horribles symptômes de cette maladie. Voici un de ces écrits, malheureusement anonyme : "Cette maladie commença à se répandre parmi nous, de la manière la plus surprenante. Quelques-uns perdirent entièrement leurs forces, de sorte qu'ils ne pouvaient se tenir debout. Leurs jambes s'enflèrent ensuite, et devinrent aussi noires que du charbon ; les tendons de ces parties se retirèrent. La peau se couvrit dans d'autres de tâches pourprées : ces tâches s'observaient sur les malléoles, les genoux et les cuisses, les épaules, les bras et le cou. Leur bouche devint puante ; les gencives parvinrent à un si haut degré de putridité, qu'elles tombèrent en morceaux, et laissèrent la racine des dents à découvert ; ils perdirent aussi presque toutes les dents. Cette maladie devint si générale vers le milieu de février, que de cent-dix hommes, il n'y en avait pas dix en santé ; de sorte qu'ils ne pouvaient se donner mutuellement aucun secours. Spectacle horrible et pitoyable !" 2

Grâce à ces écrits et aux constations médicales actuelles, nous pouvons clairement définir les symptômes de la maladie.
Nous les rangerons en deux classes : la première contient les symptômes qui paraissent dans le commencement du scorbut et qui lui sont communs avec d'autres maladies. La seconde englobe ceux qui se présentent dans la suite de la maladie, et qui en sont des signes certains.

Première classe
Une pesanteur du corps, avec une lassitude spontanée, ordinairement plus sensible après l'exercice ; une constriction de la poitrine, et une faiblesse des jambes ; la démangeaison, la rougeur et la douleur des gencives ; le changement de couleur du visage.

Lorsque tous ces symptômes se présentent en même temps, on peut prononcer que le scorbut est imminent.

Seconde classe
Une haleine puante, un gonflement spongieux des gencives, lesquelles sont sujettes à saigner ; la vacillation des dents. Les jambes se couvrent de tâches plombées, pourprées ou livides ; il paraît quelquefois sur la face des tâches obscures plus larges que les précédentes, et d'autrefois sur les jambes.
A mesure que la maladie fait des progrès, le malade perd l'usage de ses jambes, et est sujet à une difficulté de respirer, particulièrement lorsqu'il fait quelques mouvements, ou qu'il se tient debout.
Souvent il tombe alors en faiblesse ; mais lorsqu'on le couche de nouveau, il reprend ses sens, et respire librement. Il ne ressent aucun mal, quand il est tranquille dans son lit. Mais comme il ne peut toujours demeurer dans la même situation sans faire quelques mouvements, il est sujet à des défaillances continuelles.

On observe quelquefois une aggravation de symptômes. Cette aggravation arrive dans quelques-uns le quatrième ou le cinquième jour, et dans d'autres le troisième. Certains malades éprouvent cette augmentation tous les jours, mais sans fièvre ; d'autres ont de la fièvre.

Pendant le cours de cette maladie, certains malades sont sujets à être très constipés, tandis que d'autres ont une diarrhée continuelle. Quelques fois leurs jambes couvertes de tâches s'enflent d'une manière si monstrueuse, qu'elles ressemblent à la lèpre. D'autres fois, au contraire, elles sont si exténuées, qu'elles ne paraissent couvertes que de la peau.

Nous pouvons donc résumer les symptômes ainsi :


    - Fatigue - Odèmes aux membres - Hémorragies des muqueuses du nez et des gencives, - Ecchymoses nombreuses sous la peau - Déchaussement puis perte des dents - Mort suite à l'épuisement ou à une complication infectieuse respiratoire.







Remèdes

1. Il faut commencer par un purgatif doux, atténuant, désobstruant, à petite dose, souvent répétée. Puis continuer les remèdes atténuants, et ceux qui l'on appelle digestifs. Finir par les spécifiques les plus doux, continués longtemps, sous quelque forme que ce soit.


  • Divers purgatifs
    - Sel polychreste 3
    - Pilules cochées majeures (hierepicre, pulpe de coloquinte pulvérisée, scammonée pulvérisée, stoechas, turbith)
    - Sirop de rose
    - Eau distillée de chicorée

  • Atténuants digestifs
    - Citron
    - Vitriol
    - Sels végétaux
    - Esprit de vinaigre

  • Spécifiques antiscorbutiques doux
    - Grand absinthe
    - Oseille
    - Aigemoine
    - Navet
    - Cerfeuil
    - Lierre terrestre
    - Marjolaine



2. On passera ensuite à l'usage des antiscorbutiques un peu plus âcres sous la forme de sucs exprimés, de conserve, d'esprit, de sel volatil, de vin, de bière. On emploiera aussi les bains extérieurs et les pédiluves faits avec des plantes antiscorbutiques ; les frictions chaudes, sèches, ou avec des liquides appropriés.
La saignée sera quelque fois à propos, pour évacuer une partie des humeurs acrimonieuses, pour diminuer l'érosion des vaisseaux trop distendus, pour procurer une révulsion.


  • Antiscorbutiques âcres
    - Capucine
    - Roquette
    - Gentiane
    - Raifort sauvage
    - Saponaire
    - Trèfle d'eau

  • Sucs exprimés
    - Raifort sauvage ratifié
    - Feuilles récentes d'ortie
    - Feuilles récentes de cochléaria 4
    Exprimer le suc de ces plantes et édulcorer avec du sucre.

  • Bière médicamenteuse antiscorbutique
    - Cresson de jardin
    - Cresson de raifort de jardin
    - Fleurs de petite centaurée
    - Raphanus rusticanus (raifort)
    Mettre toutes ces plantes bien hachées dans un demi-tonneau de bière nouvelle, dans le temps qu'elle fermente.



3. Mais suivant que la ténuité acrimonieuse des humeurs, la crainte de l'hémorragie et la chaleur seront plus grandes, ou selon l'épaississement, l'inaction, le froid et la pâleur des vaisseaux seront plus considérables, on usera des spécifiques médiocrement astringents et un peu froids, ou de ce qui sont chauds et âcres.


  • Antiscorbutiques modérément astringents
    - Fleurs de genêt
    - Frêne
    - Houblon
    - Rhubarbe
    - Polypode de chêne

  • Antiscorbutiques un peu froids
    - Citron
    - Limons
    - Oseille
    - Pissenlits
    - Endive

  • Gargarisme d'astringents chauds
    - Saumure de limons
    - Miel de rosat
    - Esprit de sel
    - Eau distillée de rue

  • Petit lait antiscorbutique
    - Alleluia
    - Bétoine
    - Cerfeuil
    - Tamarins



Si vous arrivez auprès d'un malade atteint de scorbut mais que vous n'avez pas sur vous l'ensemble des remèdes présentés ci-dessus, quatre plantes peuvent être utilisées en premier lieu, dans l'attente d'un traitement plus efficace :


  • Le cranson officinal, ou herbe aux cuillères
    En infusion, les feuilles permettent de prévenir contre le scorbut, ainsi que d'en atténuer les actions si le patient est déjà atteint.
    Cette plante est aussi digestive et diurétique que l'on peut faire consommer en cas de manque d'appétit, de goutte, de rhumatismes et de troubles de l'estomac. Les feuilles écrasée servent, en outre, de cataplasme sur les abcès.

  • Le cresson de fontaine
    Contre le scorbut, les feuilles sont à manger fraîches, à raison de trois bols par jour.
    Le cresson possède aussi des qualités apéritives et digestives, diurétiques et antibiotiques.

  • La criste marine
    Longtemps considérée comme un diurétique et un remède aux flatulences, la criste s'utilse aussi en cas de calculs rénaux.
    Mais sa force principale en fait une plante appréciée des marins qui la consomment pour lutter contre le scorbut.

  • Le ficaire
    Ses jeunes feuilles peuvent être mangées en salade printanière pour lutter contre le scorbut.
    Son jus pressé frais est employé comme dépuratif.
    Un lavage intensif des feuilles avant consommation est nécessaire, car celles-ci possèdent un fort potentiel irritant.





Cours rédigé par Meleagre d'Aeden,
Médecin diplômé de l'Ostel-Dieu de Paris



Notes a écrit:
1 Le scorbut est une maladie due à une carence délétère en vitamine C qui se traduit chez l'être humain, dans sa forme grave, par un déchaussement des dents et la purulence des gencives, des hémorragies, puis la mort.
Le scorbut, aujourd'hui quasiment disparu, majore considérablement toutes les autres pathologies, même les plus bénignes, pouvant parfois les rendre mortelles.


2 Ce texte est en fait bien connu. Il provient du carnet de bords de Jacques Cartier, lors de son second voyage en Finlande, en 1535. Largement anachronique pour le cadre chronologique des Royaumes Renaissants, il n'en reste pas moins très intéressant pour la définition des symptômes, d'où ce choix de le citer mais d'en dénaturer un peu la provenance de manière RP.

3 Servant à plusieurs usages, et qui se dit particulièrement d'un sel purgatif.

4 Cochléaire officinale, dont les feuilles sont riches en vitamine C.
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