La grippe

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La grippe

Message par andaine le Dim 25 Juin 2017 - 12:53

Sixième Cursus - Le Médecin
Cours I : Les maladies

La grippe




La maladie étant brusque et sévère, on considère qu'elle "agrippe", d'où son nom, tiré du francique "gripan" 1.
On la trouve plus généralement sous le terme "influenza".




Histoire de la grippe

La grippe serait apparue chez les animaux avant de se propager à l'homme, et de devenir l'une des maladies les plus mortelles connues ce jour, parfois appelée fièvre catarrhale ou catarrhe fébrile 2.

C'est Hippocrate (Epidémies, Livre VI, 7, 1) qui la décrit le premier, après l'avoir vu s'étendre à Perinthe, en Grèce, en 412 avant notre ère.
Il semblerait qu'il range cette maladie dans la case des épidémies. Nous avons fais le choix de ne pas suivre cette classification 3.
La raison est simple : Hippocrate ne se concentre que sur Périnthe, une ville à l'ouest de Byzance, où la maladie a fait des ravages. Ses écrits sur le sujet sont extrêmement importants pour nous, mais il s'avère que cet illustre Ancien n'est pas allé plus loin que les murs de la ville.
En effet, s'il avait poussé ses recherches un peu plus loin, il se serait rendu compte que la maladie n'avait pas évolué très loin dans les terres environnantes, ne devenant que bien plus sporadique.
A l'inverse d'une peste ou d'une dysenterie, elle n'agit pas par vagues ravageuses sur de longues distances, bien qu'agissant parfois à des lieux de son foyer d'infection initial.
Rajoutons de plus qu'à Périnthe, la maladie n'arriva pas seule... Hippocrate présente des symptômes s'apparentant à la coqueluche ou encore à la diphtérie.

Le choix de ranger la grippe en dehors des épidémies nous fut aussi dicté par les avancées médicales qui révolutionnent le Royaume.
Avec l'arrivée de la "nouvelle médecine", la grippe prend une toute autre place.

Durant l'hiver 875-876, de nombreux cas de grippe furent recensés à travers l'ensemble du Royaume de France avant de disparaître, et de revenir de manière encore plus virulente au cours de l'hiver 926-927.
C'est à ce moment là que Flodoart (Histoire de l'Eglise de Reims, livre IV, chapitre XXI) écrit : "En la même année un dimanche du mois de mars, on vit à Reims des armées de feu se battre dans le ciel, et bientôt après s'ensuivit une maladie terrible. C'estait une espèce de fiève et de toux qui était suivie de la mort, et qui exerça ses ravages sur toutes les nations de la Germanie et des Gaules".

En 1172, la grippe débarque à Venise et remonte vers les contrées angloises via la France et la Saxe. Elle inquiétera les populations durant deux ans avant de reculer.
Mais son retour était inévitable, et elle toucha de nouveaux les peuples de nos terres en 1239, 1311 puis 1357. C'est d'ailleurs cette année là qu'elle prit son nom "définitif" en Italie. Associée à un évènement naturel, elle prend le nom de "Influentia Colesti", influence des astres, puis "Influenza di Stelle", influence des étoiles, avant de devenir "Influenza di Freddo", influence du froid.

En 1387, l'action de la grippe fut si forte que le médecin portugais Valescus de Tarente (De epidemia et peste) rapporte que neuf habitants sur dix furent touchés, et que tous les vieillards en moururent.
La grippe frappe encore, mais à un degré moindre, en 1413 et 1427. Son nom continue alors d'évoluer au sein des populations, passant de follette à horion (ou orion), à tac, dando, coquette ou encore coqueluche.
1438 sera marquée par un retour virulent de la maladie qui, alors associée à la peste, ravagera l'ensemble des terres civilisées.


Apparition et symptômes

Le risque de contracter la grippe augmente lorsqu'il y a surpeuplement et contacts étroits entre les membres d'un groupe. Lorsqu'un cas est signalé il convient donc d'isoler le ou les malades et d'éviter les contacts.

Les causes de l'apparition d'un état grippal sont actuellement inconnues, il est donc très difficile de maîtriser la grippe.
Il semble que la transmission se fasse par contact étroit ou par les gouttelettes provenant des voies respiratoires d'une personne infectée 4.

Hippocrate nous présente les symptômes de la manière suivante :

"Des toux sèches produisant une courte irritation, à la suite d'une fièvre très chaude, ne causent pas de la soif en proportion ; la toux est l'effet non des vers, mais de la gène de la respiration ; cela est évident ; en effet, c'est en parlant ou en bâillant que les malades toussent ; hors de là, ils ne toussent pas ; cela arrive surtout dans les fièvres avec lassitude."

Les épisodes de grippe ont souvent lieu en trois vagues successives séparées par de brèves intermittences. La première vague, d'une durée de trois à six semaines, déferle de façon brutale ; la maladie, très répandue, est généralement bénigne et n'entraîne guère de complications. La deuxième vague touche également un grand nombre de personnes, et elle dure plus longtemps ; la maladie est plus grave et les complications inquiétantes. La troisième vague, encore plus longue (huit à dix semaines), frappe moins de gens, mais les complications sont redoutables.

Chez la plupart des gens, la grippe se déclare après une courte période d'incubation (24 à 72 heures) ; l'installation, abrupte, est marquée par des frissons, de la fièvre, des céphalées, une mal de dos et des courbatures. Toux sèche, angine, obstruction et écoulements nasaux font partie des symptômes respiratoires.
Chez certains, la maladie commence par une sinusite aiguë, une bronchite, une pleurésie ou une bronchopneumonie : de tels symptômes sont toujours d'installation brutale et provoquent un état de prostration. D'autres présentent des symptômes gastro-intestinaux (nausées, vomissements, douleurs abdominales et diarrhée).
Enfin, au cours de chaque action grippale, certaines personnes ne présentent pas de symptômes locaux, mais souffrent de frissons ou de fièvre. En l'absence de complications, le patient se rétablit ordinairement en une semaine.

Le rétablissement commence autour du quatrième jour ; la toux et une certain faiblesse peuvent persister.




Remèdes

Le souci (appelé solsequium au Moyen-âge, ce qui signifie "qui suit le soleil") est un excellent cicatrisant, qui peut aussi s’utiliser contre la grippe, la bronchite et la pneumonie.

En règle générale, lors d'un état grippal, on conseille au patient de se reposer chez lui, non seulement pour soulager les courbatures et la céphalée, mais aussi pour limiter la propagation de l'infection.
En buvant abondamment, le patient dilue les sécrétions et fait baisser la fièvre. Il faut lui recommander d'éviter les substances qui irritent les voies respiratoires. On déconseille aussi les boissons alcooliques parce qu'elles accentuent la viscosité des sécrétions.
A l'inverse, on demandera au patient de boire énormément d'eau.

Contre les courbatures, Hippocrate nous présente un point important :

"De préférence les positions qui soulagent ; par exemple celui qui tressait ou tournait des sarments avec la main, souffrant cruellement dans le décubitus, saisit l'extrémité d'une cheville fixée au-dessus de lui et se trouva soulagé."

Il semblerait donc que l'exercice, bien que douloureux au départ, soit bénéfique pour le corps, surtout s'il ne demande pas à porter quelque chose.

Enfin, plusieurs plantes et minéraux peuvent être utilisés, pour un usage interne ou externe :


  • La reine-des-prés
    En infusion pour faire baisser la fièvre.
  • L'arnica
    Mâcher quelques fleurs pour réduire les courbatures.
  • Le saule
    Faire infuser plusieurs morceaux d'écorce dans de l'eau pour contrer la fièvre et l'inflammation des voies respiratoires.
  • L'échinacée
    Faire infuser quelques racines dans de l'eau pour améliorer l'état général.






Cours rédigé par Meleagre d'Aeden,
Médecin diplômé de l'Ostel-Dieu de Paris



Notes a écrit:
1 Le terme de "grippe" n'apparaît vraiment en France que vers 1743. Cela dit, pour une question pratique, nous utiliserons ce terme pour ce "cours" d'inspiration médiévale.

2 La grippe est une maladie infectieuse fréquente et contagieuse causée par trois virus à ARN de la famille des Orthomyxoviridae (Myxovirus influenzae A, B et C), touchant les oiseaux et certains mammifères dont le porc, le phoque, et l'être humain.

3 Il est difficile de savoir s'il convient de classer la grippe dans la case des épidémies. Actuellement, elle peut être considérée comme épidémique, mais dans un mode épidémique saisonnier, bien différent de la peste qui, à l'époque médiévale, ne jouait pas avec les saisons.
Elle n'est pas moins responsable dans le monde d'une morbidité élevée et de 250 000 à 500 000 décès par an.


4 La transmission inter-humaine de la maladie est essentiellement respiratoire, via des gouttelettes riches en virus provenant de la toux et des éternuements des sujets infectés.
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