Salle de classe

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Message par andaine le Sam 3 Mai 2014 - 21:03

Arielle_de_siorac a écrit:Arielle de Gilraen de Dénéré; je suis professeur et doyenne du département de diplomatie. Périgourdine de naissance, Angevine de coeur, j'ai habité à plusieurs endroits durant ma longue vie. En ce moment, je réside le plus souvent en ma demeure de Paris.

Pourriez-vous me dire, je vous prie, qu'est-ce qui vous intéresse plus particulièrement dans le domaine de la diplomatie?


Arielle_de_siorac a écrit:Que ce soit par souci professionnel ou par simple curiosité, vous avez tous d'excellentes raisons de suivre ce cours. Même si vous ne vous destinez guère à un avenir d'ambassadeur, connaître les rouages de la diplomatie vous sera utile, croyez-moi. Les politiciens y trouveront leur compte, bien sûr, mais aussi - vous en serez peut-être étonnés - les gens d'armes, qui y gagneront une compréhension plus fine de leur propre rôle et des enjeux liés à la guerre et la paix.

Je ne dirais pas que la diplomatie est "subordonnée" à la politique et à la science militaire... car il s'agit d'un art en soi, une discipline bien distincte. Néanmoins, il est vrai que ces domaines sont intimement liés.

En ce qui a trait à votre supposition, je dirai que vous avez à la fois tord et raison. Certains sont des diplomates naturels, en ce sens qu'ils savent intuitivement comment manoeuvrer une conversation avec adresse et doigté de façon à ménager les sensibilités. Toutefois, il est tout de même possible d'apprendre des techniques qui pourront faire des autres sinon des diplomates experts, à tout le moins de fort acceptables ambassadeurs.

Bien entendu, comme vous l'avez énoncé, nul besoin de tout savoir sur la diplomatie, la politique et la science militaire pour se montrer compétent. Il y a néanmoins des concepts essentiels à comprendre et retenir pour pouvoir saisir la subtilité des situations dans lesquelles vous serez appelés à travailler.

Soyez-en avertis, mon cours n'est pas facile et demande du travail. Forcément, plusieurs d'entre vous abandonneront avant la fin du programme; c'est ainsi à chaque session. Mais ceux qui se rendront jusqu'au bout auront appris beaucoup en cours de route, je peux vous l'assurer. À ceux qui sont déjà ambassadeurs ou même chanceliers, je vous invite à partager vos expériences avec la classe. Les exemples concrets sont toujours fort utiles pour illustrer ce que je m'efforcerai d'expliquer.

Plusieurs étudiants manquent encore mais il me faut tout de même commencer car le temps file et nous avons beaucoup de travail.

Je vous invite à signer la Liste de présences à chaque fois que vous viendrez au cours. Il s'agit pour moi d'être certaine que vous suivez bien et n'avez pas abandonné, même si, peut-être, vous ne dites rien.

Avant de vous présenter le plan de cours, je vais à mon tour vous exposer brièvement le parcours de ma carrière diplomatique afin que vous sachiez de quel droit je prétends vous enseigner quelque chose... J'ai fait mes premiers pas de diplomate en août 1454, il y a de cela une ou deux éternités. J'étais alors Ambassadrice d'Anjou auprès du Wiltshire, un des trois seuls comtés anglais de l'époque. Je m'y fis connaître rapidement et, puisque je m'appliquais à démontrer sérieux et professionnalisme en mon ouvrage, je fus bientôt assignée au comté de Somerset à sa création. En novembre ou décembre de la même année, je ne sais plus, je fus nommée Chancelière d'Anjou pour l'Angleterre toute entière. Mon travail était non seulement exigeant mais fort stimulant: je me devais de rechercher des appuis à la cause de l'Anjou, alors en plein tumulte indépendantiste.

En parallèle, ma réputation outre-Manche eut des échos à Paris, qui me proposa bientôt d'intégrer le service de la Couronne. C'est ainsi qu'en janvier 1455, je devins Ambassadrice royale de France auprès de l'Angleterre. Travaillant dès lors à la fois pour la Couronne et pour l'Anjou indépendantiste, en pleine guerre, je me suis retrouvée en une posture délicate, un vrai défi acrobatique. Nous en reparlerons plus tard dans ce cours.

Sa Majesté la Reyne, la regrettée Catherine Victoire avec qui je travaillais en étroite collaboration, me faisait l'honneur d'apprécier mon travail; elle me nomma donc Grande Ambassadrice royale de France en mai 1455. J'étais dès lors responsable de toutes les relations extérieures du royaume de France. J'entrepris de construire les Ambassades royales, qui n'avaient jusque là été qu'un cabinet mineur et discret, afin d'en faire une institution grande, brillante et efficace.

Je vous épargne le récit de mes péripéties à la tête des Ambassades royales. Je vous en reparlerai certainement au détour d'un cours. J'ai remis ma démission de ce poste en juillet 1456 pour diverses raisons, notamment la lassitude. J'étais alors Chancelière du Béarn, poste que je n'ai occupé que brièvement, le temps de constuire un peu cette toute nouvelle chancellerie, avant d'être élue comtesse du Béarn.

Voilà en bref mon parcours en diplomatie, domaine que j'ai laissé il y a déjà un moment mais qui, en fait, a été ma principale occupation pendant de longues années... On peut dire l'essentiel de ma vie. J'y ai connu mes plus grandes joies et mes pires déceptions. J'ai voulu donner au métier de diplomate professionnalisme et reconnaisssance. Je n'ai réussi que partiellement.

Compte tenu de tout cela, je crois pouvoir vous apprendre quelques petites choses sur la diplomatie. Je ne prétends évidemment pas tout savoir mais je vous répondrai au mieux de mes compétences.

Je vous propose le plan de cours suivant. Je l'ai élaboré selon mon expérience et ce que je crois être nécessaire à bien comprendre avant de se lancer dans une carrière de diplomate. Le cours sera constitué de petites présentations magistrales suivies de périodes de questions.


Arielle_de_siorac a écrit:Semaine 1

1. Rencontre des étudiants et présentation du plan de cours
2. La diplomatie: ce que c'est, ce que ce n'est pas


Semaine 2
Annonce du premier devoir: 20% de la note

3. Les concepts de base:

•L'État
•La souveraineté


Semaine 3

•La vassalité
•La paix, la guerre


Semaine 4
Remise du premier devoir
Annonce du deuxième devoir: 20% de la note

4. Le diplomate:

•L'ambassadeur et le chancelier
•Les devoirs et obligations


Semaine 5

•La personnalité d'un bon diplomate
•Le réseau de contacts


Semaine 6
Remise du deuxième devoir
Annonce du troisième devoir: 20% de la note

5. Les outils législatifs du diplomate:

•Le traité
•La déclaration
•La charte


Semaine 7

•Les traités les plus courants
•Analyse de quelques textes


Semaine 8
Remise du troisième devoir

6. Tour d'horizon des principales institutions diplomatiques


Semaine 9

7. Révision et période de questions


Semaine 10

8. Examen final: 40% de la note

[HRP]Avant qu'on ne m'en fasse la remarque, je vous le dis dès maintenant: la matière vue en classe est anachronique par rapport à 1458. J'ai étudié en sciences po IRL et j'ai aussi un peu fait de la diplomatie IRL; le cours est inspiré de tout cela. Je pense toutefois qu'il peut vous être très utile pour comprendre comment la diplomatie fonctionne et vous servir dans les RR. De toute façon, il n'y avait pas vraiment d'ambassadeurs réguliers en 1458 alors on nage en plein anachronisme...[/HRP]

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Re: Salle de classe

Message par andaine le Sam 3 Mai 2014 - 21:37

Arielle_de_siorac a écrit:En guise d'introduction, j'aimerais que vous réfléchissiez à une question. Dites-moi, d'après vous, qu'est-ce que n'est pas la diplomatie?

Certes, définir une chose par ce qu'elle n'est pas est une entreprise ambitieuse, car on peut palabrer longtemps sur des éléments en somme peu pertinents. Mais l'exercice est néanmoins profitable car il permet, si l'on y met du sérieux, de mieux voir les limites du champ d'action dans lequel on se propose d'avancer.


Arielle_de_siorac a écrit:Même si l'hypocrisie se retrouve partout, un diplomate compétent peut - et même plus, il doit se montrer franc en toutes circonstances. C'est sa façon adroite de dire les choses qui lui permettent le luxe de ne jamais mentir!

De la même manière, il est préférable d'avoir un grand souci de transparence en diplomatie si on veut se mériter la confiance de ses interlocuteurs. Mais attention: être transparent ne signifie pas d'aller tout dire sur tout. Le diplomate est tenu de garder de nombreux secrets. Il s'agit simplement d'assumer complètement son rôle, avec les pouvoirs et les contraintes que cela implique, et de le dire sans détours.

Par ailleurs, comme vous l'avez compris, il importe de ne pas mêler à son travail ses intérêts privés. Certes, le diplomate représente son gouvernement et lui sert d'intermédiaire avec les gouvernements d'autres contrées. En outre, ce n'est pas à lui de prendre les décisions politiques. Néanmoins, il reste que le diplomate a un certain pouvoir que lui confère sa position de négociateur et d'intermédiaire: selon sa façon de présenter les choses, il pourra influencer les décisions prises par le gouvernement.

Son pouvoir, c'est l'information. Rappelez-vous en: c'est la clef de tout le reste.

Alors, qu'est-ce que la diplomatie? À dire vrai, je n'ai pas de définition absolue à vous soumettre. Je n'ai guère cette prétention, et d'ailleurs cela ne représenterait aucun intérêt.

Bien sûr, au sens large, la diplomatie désigne l'ensemble des relations entre les États. Elle englobe donc notamment les affaires étrangères, la représentation d'un gouvernement en sol étranger, les négociations entre pays et la signature d'ententes formelles. En outre, si nous considérons le sens plus générique du mot, comme nous l'avons fait tout à l'heure, la diplomatie est également l'art de dire les choses sans froisser son interlocuteur. La négociation fine, faite avec doigté, intelligence et tact.

La diplomatie est intimement liée à la politique en ce sens qu'il s'agit d'une branche des sciences politiques; les deux domaines vont de pair selon l'actualité et leur action sur le judiciaire. Aussi, dans ces deux sphères, l'essentiel de l'énergie est dépensée à séduire l'autre pour tenter d'en obtenir quelque chose.

Toutefois, la diplomatie n'est pas la politique, loin de là. Et il importe que vous en fassiez la distinction.

Au contraire d'une science où l'on accumule et combine des connaissances immuables, la diplomatie est plutôt un art que l'on doit s'efforcer de maîtriser, chacun ayant sa propre façon de faire même si certaines règles de base s'appliquent à tous.

Je dois dire en toute humilité que je n'avais jamais songé à cette question de science et d'art. Merci, mon jeune messire, pour votre intervention.
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Dim 11 Mai 2014 - 10:15

Arielle_de_siorac a écrit:Nous discuterons très bientôt des notions de guerre et de paix, de même que des moyens de construire la confiance. Mais revenons un peu sur la transparence. Comme je le disais, être transparent ne signifie pas être un livre ouvert! C'est être capable de dire ouvertement quel est notre rôle et quelles sont les limites de ce dernier. Quand il y a des choses qu'on ne peut dire ou faire, on l'assume en toute franchise, sans aller prétexter d'autres raisons.

Tenez, par exemple, lorsque j'étais à la fois chancelière d'Anjou pour l'Angleterre et Ambassadrice royale de France en Angleterre, alors que l'Anjou et la France étaient en guerre, c'est ma transparence qui m'a permis de servir ces deux ennemis sans en trahir aucun. En effet, jamais je n'ai caché à quiconque que je servais aux deux endroits, que j'étais loyale des deux côtés et que j'allais participer à la défense d'Angers lorsque l'Ost royal allait l'attaquer. C'était su et accepté par tous, et feue Sa Majesté la Reyne respectait ma position. En outre, si jamais quelqu'un allait me révéler quelque secret qui me mettrait en conflit d'intérêt, je refusais de l'entendre afin de ne trahir personne.

Certes, le diplomate est un médiateur précieux pour tous ceux qui le côtoient, mais n'oubliez pas qu'il sert l'État, et rien d'autre. Nous verrons les détails plus tard mais rappelez-vous que le diplomate n'est pas là pour représenter les intérêts de tous et chacun.

La politique concerne effectivement l'organisation d'une population sur un territoire donné. Nous verrons plus en détails ce que j'entends par là lorsque nous aborderons les concepts de base, en particulier l'État.

Mais d'abord, je tiens à préciser une différence fondamentale entre le politicien et le diplomate. Pour réussir en politique, il faut se montrer passionné afin de rallier le peuple dans un projet commun qui transcendera les vulgaires intérêts individuels. C'est tout l'opposé de la diplomatie, où le sang-froid et la modération dans les propos sont de mise, et où toute passion est à proscrire. Tandis que le politicien doit enflammer les foules, le diplomate doit rester sobre, posé, prudent. Il ne lui est pas permis de perdre son flegme.

La diplomatie n'est pas non plus un loisir de fanfarons qui pourraient croire qu'il s'agit du chemin le plus court vers la gloire facile. Par la male heure, la profession est peuplée d'une myriade d'ambassadeurs et même de chanceliers ignares, incompétents et arrogants qui n'ont aucune idée de ce qu'ils font. Ceux-là n'ont à l'esprit que les jolis titres vides annoncés par les huissiers quand ils font leur entrée dans les salons poudrés. Ils ne sont pas dignes de porter le nom de diplomates.

Le vrai travail d'un diplomate se fait dans l'humilité de l'ombre, loin des vivats des foules. S'il fréquente parfois les plus grands parmi les grands, là n'est pas l'essentiel de son office. Le diplomate oeuvre le plus souvent en coulisses, là où circule l'information et s'exerce son influence.

Son entreprise est noble mais trop souvent méconnue: il est en effet bien difficile de compter les guerres qui, grâce à lui, n'ont jamais eu lieu. C'est pourquoi le métier peut également sembler ingrat aux chasseurs de gloire. Le diplomate ne recherche pas les honneurs: il trouve plutôt son bonheur dans la paix innocente de ses compatriotes.

Un diplomate doit peser ses moindres paroles, car elles peuvent avoir des effets considérables, autant positifs que négatifs. Une attitude légèrement agressive, voire un mot déplacé peut parfois même être le déclencheur d'un conflit armé qui autrement aurait pu être évité si la prudence avait été observée. Ce n'est donc pas un métier pour les tempéraments sanguins prompts à s'emporter.

Cependant, je n'irais pas jusqu'à dire que le diplomate ne peut prendre aucune décision... En fait, il doit savoir très exactement de quelle latitude il dispose. De façon générale, seules les décisions importantes, telles que la signature d'un traité, sont l'apanage du gouvernement. Pour le reste, à savoir la gestion de son emploi du temps, sa façon d'aborder ses homologues et son choix de contacts, par exemple, sont laissés à sa discrétion. C'est en fait là, dans l'accomplissement quotidien de son travail, qu'il pourra se démarquer et asseoir son influence.

En outre, lorsqu'il s'agit d'un chancelier, il fait généralement partie du conseil de sa province et, de ce fait, participe à la prise de décision.

Les diplomates sont souvent des gens incompris et quelqu'un qui aspire à le devenir doit s'attendre à passer une partie de son temps à justifier son travail aux yeux de ses collègues issus d'autres domaines, notamment les militaires.

Cela peut sembler une perte de temps, compte tenu qu'un diplomate sérieux n'a vraiment pas que cela à faire... cependant, il est primordial que le conseil ait à tout le moins une connaissance partielle du rôle du diplomate au sein de son gouvernement. Il en va de la cohérence des gestes posés collectivement et, partant, de l'efficacité des politiques mises en place en matière de relations extérieures. En fait, le minimum à espérer est que les autres conseillers ne viennent pas saper le travail du diplomate!

Bien entendu, la compréhension des autres conseillers sera meilleure si l'ambassadeur fait correctement son travail, notamment en rédigeant des rapports détaillés sur les provinces où il est affecté. Ces détails peuvent aller des groupes religieux aux relations entre les grandes familles, en passant par les groupes de mercenaires et les institutions politiques. Comme nous le verrons plus en détail ultérieurement dans ce cours, le travail de l'ambassadeur va beaucoup plus loin que simplement recopier la composition des conseils et envoyer un traité de coopération.

Certains membres d'un conseil étant des militaires ou des juristes, pourquoi établir des traités de reconnaissance d'ambassade ou autres? Pourquoi pas tout simplement entretenir une franche amitié? La question est pertinente et vous sera certainement posée au cours de votre carrière diplomatique. Pourquoi s'encombrer d'une multitude de textes quand l'important est d'avoir de bonnes relations? Nous verrons plus tard quelle est l'utilité de ces textes, et quelles sont les variantes qui sont à la portée du diplomate.

Enfin, il est essentiel d'avoir quelques notions militaires pour comprendre les mécanismes de la guerre - et de la paix. En particulier, il faut saisir avec précision quelle est la situation de son pays par rapport à celle des autres: forces militaires comparées, situation géographique et alliances diverses, par exemple. Toutefois, nul besoin d'être un militaire pour apprendre à analyser tout cela. Il est par ailleurs inutile au diplomate de savoir comment mener un siège ou prendre un château.
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Dim 11 Mai 2014 - 10:34

Arielle_de_siorac a écrit:En ce qui a trait aux textes, on peut par exemple parler d'un traité de coopération judiciaire. Il y en a plusieurs et nous verrons les principaux plus tard dans ce cours. Par ailleurs, en ce qui a trait à une déclaration de guerre, sachez qu'il faut plus qu'une simple erreur d'un diplomate pour en arriver là; néanmoins, comme je vous le disais plus tôt, le diplomate maladroit peut fort bien envenimer une situation déjà tendue au point qu'on assiste à une guerre qui aurait pu être évitée. Et enfin, à propos de la loyauté d'un ambassadeur à deux ambassades, ce n'est pas du tout contradictoire s'il s'agit de deux États superposés, à savoir une province et le royaume où elle se trouve. Mais n'allons pas plus loin sur ce sujet pour l'instant; nous aurons l'occasion d'en reparler à nouveau.

En effet, un diplomate a une obligation d'information, qui le contraint à rechercher les renseignements dont ses supérieurs ont besoin. Nous verrons plus en détails de quoi il s'agit lorsque nous parlerons des devoirs et obligations du diplomate.

Un diplomate ne travaille pas seulement avec d'autres diplomates. Son travail va bien au-delà des limites des ambassades. Et puis, même entre diplomates, on peut tenter de séduire l'autre, au sens figuré bien sûr, tout en sachant que l'autre s'efforce de faire de même avec nous. La diplomatie n'est pas nécessairement une partie de bras de fer, comme vous dites!

Nous en reparlerons, mais pour répondre à votre dernière question, sachez que oui, bien sûr, il y a de la corruption partout y compris en diplomatie, mais il y en a beaucoup moins qu'en politique, par exemple, compte tenu du peu de gloire que l'on peut tirer de son travail en tant qu'ambassadeur.
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Dim 11 Mai 2014 - 10:44

Arielle_de_Siorac a écrit:Commençons. D'abord, l'État. La base.

Au cours de l'Histoire, à travers leur évolution de la barbarie à la civilisation, nos sociétés se sont érigées en États. Elles se sont organisées, se sont appropriés des territoires, ont tracé des frontières et établi des lois.

L'État, c'est cela. Un territoire défini par des frontières plus ou moins stables, et à l'intérieur duquel la population est ordonnée selon une certaine structure institutionnelle. Il y a des armées, des vallées, des routes, des monts, des juges, des rivières, des prisonniers, des villes, des badauds, des conseillers, tout un ensemble d'éléments qui n'ont en soi aucun lien sauf l'unité qu'on lui attribue dans notre esprit. Personne ne voit l'État en tant que tel, mais tout le monde sait qu'il s'y trouve.

Cet amalgame insaisissable, qui n'est en fait qu'un concept, s'incarne dans une personne qu'on appelle le chef d'État. Ainsi, du fait de son statut social, on peut "voir" l'État dans le chef d'État, car il représente l'unité des éléments qui constituent la société. Il s'agit d'un comte, d'un duc, d'un roy, d'un empereur: l'individu qui dirige un territoire. Le chef d'État décide des lois et des règles qui s'appliqueront à l'intérieur de son territoire afin d'assurer l'ordre dans sa population.

Ce qui m'amène tout naturellement à vous parler déjà de souveraineté.

En effet, cette autorité du chef d'État tient du fait qu'il est "souverain" en son territoire, avec quelques nuances que nous verrons au point suivant, la semaine prochaine.

On reconnaît généralement deux principes à la souveraineté. Un sourire étira les lèvres d'Arielle. Il fallait être attentif... D'abord, Cujus Regio, Ejus Religio: telle la religion du roy, telle celle du pays. C'est le chef d'État qui possède l'autorité exclusive sur son territoire, même s'il peut s'entourer de conseillers qui auront plus ou moins d'influence, selon les cas. Attention, cela n'a rien à voir avec la religion! Cette expression signifie simplement que c'est lui qui décide et lui seul a la légitimité pour le faire.

Ensuite, Rex Est Imperator In Regno Suo: le roy est empereur en son royaume. Nous verrons les nuances la semaine prochaine mais pour l'instant, rappelez-vous que l'État ne connaît aucune autorité au-dessus de lui, mais reconnaît généralement les autres États comme ses égaux. Autrement dit, il reconnaît aux États voisins le droit d'exister et traite avec eux en respectant leur souveraineté, c'est-à-dire sans s'ingérer dans leurs affaires. Vous me suivez? Tout cela signifie également qu'un État peut décider de ne pas reconnaître la souveraineté d'un autre, soit en s'ingérant dans les affaires de l'autre, soit en niant carrément son droit d'exister.

Pouvez-vous me donner des exemples concrets de ces deux dernières situations? Quand avons-nous vu un État nier complètement ou en partie la souveraineté d'un autre? Je précise que pour les besoins de la réponse, il n'est pas nécessaire que cette souveraineté existe réellement ou non: il suffit que l'un prétende l'avoir et que l'autre décide de la nier.
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Dim 11 Mai 2014 - 10:57

Arielle_de_siorac a écrit:Effectivement, il faut éviter de mélanger certains concepts. Bien sûr, le diplomate doit tenir compte des intérêts particuliers de chacun quand il négocie. Cela fait partie de la base d'un dialogue. Cependant, rappelez-vous que le diplomate n'est pas là pour défendre ses intérêts à lui ou ceux de ses amis, mais bien ceux de l'État qu'il représente.

En ce qui concerne les deux ambassades, je vous propose d'y revenir une autre fois lorsque nous aurons vu au moins les concepts de base. Pour l'instant, restons concentrés sur les notions d'État et de souveraineté et assurons-nous de bien comprendre cela avant de poursuivre.

Certes, Compiègne est un bon exemple pour illustrer l'idée de souveraineté: l'Artois et la Champagne affirment tous deux être souverains sur cette ville, et plusieurs guerres sont venues concrétiser dans le sang cette bataille avant tout symbolique. L'objet du cours ici n'est pas de décider nous-mêmes des conclusions à tirer de ce cas précis mais plutôt de comprendre le concept de souveraineté.

Il ne faut pas vous arrêter au vocabulaire employé (le roi, l'empereur, etc.) mais plutôt l'idée qu'elle exprime, c'est-à-dire que le chef d'État ne reconnaît aucune autorité au-dessus de lui. Ainsi, aucun autre État ne peut prétendre être supérieur à lui et prendre les décisions à sa place. Bien sûr, il y a des nuances à faire avec la notion de vassalité que nous verrons la semaine prochaine. Mais pour l'instant, j'aimerais que vous vous concentriez sur cette caractéristique de la souveraineté.

Quant à savoir si un pouvoir en place est légitime ou non, c'est un autre thème que nous n'aborderons pas en diplomatie. Cela relève plutôt du cours de politique.

Enfin, je ne sais pas ce qui a pu vous donner l'impression que je portais un jugement de valeur sur l'ingérence; je n'ai rien dit de tel. Que ce soit bien ou mal, justifié ou non, là n'est pas la question. J'énonce ici des concepts importants à maîtriser pour que vous puissiez ensuite comprendre les mécanismes qui guident le travail du diplomate.

En effet, si un État s'approprie une partie du territoire d'un autre, il nie la souveraineté de l'autre sur cette terre. S'il ignore délibérément les traités signés par l'autre, c'est également une intrusion dans la souveraineté. Aller contredire ou mépriser une décision d'un État voisin est aussi un autre exemple. Enfin, les exemples sont innombrables et ceux que vous avez énoncés sont fort corrects.

Attention cependant à ne pas tout prendre pour une négation de la souveraineté. Une bande de brigands indépendants qui pille un château, ce n'est pas un exemple pertinent. Ça le deviendra si ce pillage a été commandité en secret par un autre État. Vous voyez la nuance?

Je précise d'ailleurs à l'attention de tous qu'il n'est pas besoin d'une déclaration quelconque de la part d'un État pour qu'il nie la souveraineté d'un autre. Bien souvent, les gestes parlent d'eux-mêmes. Ainsi, envahir le territoire de son voisin est bien la négation de la souveraineté de ce dernier sur ces terres, même si aucune communication officielle ne vient formuler en mots cette situation.
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Dim 11 Mai 2014 - 11:02

Arielle_de_siorac a écrit:Les deux principes de la souveraineté s'appliquent chacun en deux "domaines", comme l'a d'ailleurs fait remarquer Messire Airesme: l'un à l'intérieur du territoire, l'autre à l'extérieur.

Celui à l'intérieur (telle la religion du roy, telle celle du royaume) signifie que le chef d'État, qu'il soit roy, empereur ou n'importe quoi d'autre, est le seul qui peut légitimement prendre les décisions sur son territoire. C'est lui qui décide des lois et des règles qui s'appliqueront en son État.

Celui à l'extérieur (le roy est empereur en son royaume) signifie que le chef d'État ne reconnaît aucune autorité au-dessus de lui; dans ses relations avec un autre État, il traitera d'égal à égal, jamais de façon subordonnée. Bien sûr, comme je le disais, il y a des nuances à apporter à ce deuxième principe lorsqu'on considère la notion de vassalité, mais nous verrons cela la semaine prochaine. Pour l'instant, je vous demande de vous concentrer sur ce schéma.

Nier la souveraineté, c'est ne pas respecter ces deux principes. Nous avons donné plusieurs exemples de cela. Refuser le dialogue avec un État peut aussi parfois être une façon de nier sa souveraineté s'il s'agit, par exemple, de négociations pour un traité de paix ou d'une reconnaissance officielle d'indépendance. Ces situations impliquent de façon implicite qu'on ne donne pas le droit à cet État de décider pour lui-même. Par contre, un refus de dialogue pour établir un traité économique ou judiciaire, par exemple, n'est pas une négation de la souveraineté.
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Sam 17 Mai 2014 - 13:28

Arielle_de_siorac a écrit:
Je me dois d'apporter une nuance importante au concept d'État que je vous ai présenté précédemment. En nos collectivités féodales, la cohérence sociale tient à une hiérarchie sacrée, un lien si fort qu'il fait tenir ensemble les êtres humains au sein de la civilisation, par opposition aux peuplades barbares qui vivent à l'état sauvage au-delà de notre monde connu.

Au départ, le grand seigneur et son vassal ont été liés par la cérémonie de l'hommage. Le seigneur confie ainsi à son vassal des terres, appelées fief, et lui promet protection; en échange, le vassal doit assistance, loyauté et conseil à son suzerain. Et c'est là que vient se modifier la notion vue plus tôt, car si on considère à bien des égards que le fief est un État et que la personne à la tête de ce fief est en quelque sorte le chef d'État, il ne faut pas oublier que cette personne est vassale de quelqu'un d'autre, c'est-à-dire soumise à son serment envers son suzerain.

Une pause, le temps de préciser: Vous aurez compris qu'on appelle suzerain celui qui a reçu l'hommage et vassal celui qui l'a donné. Je vous prie de faire attention à bien distinguer les mots "suzerain" et "souverain".

Toutefois, il est important de préciser la règle suivante en féodalité: "le vassal de mon vassal n'est pas mon vassal". Autrement dit, les personnes soumises à l'autorité de mes vassaux ne me doivent rien directement, à moi. Il en résulte que le vassal est souverain à l'intérieur de ses terres (rappelez-vous, Cujus Regio, Ejus Religio: telle la religion du roy, telle celle du pays) mais que sa souveraineté externe (Rex Est Imperator In Regno Suo: le roy est empereur en son royaume) est limitée par le serment fait au suzerain.

Je sais que le tout peut sembler un peu compliqué de prime abord, mais en fin de compte, vous verrez que c'est relativement simple.

Prenez par exemple un duché français. À bien des égards, il s'agit d'un État: c'est un territoire délimité par des frontières plus ou moins stables à l'intérieur duquel vit une population structurée et soumise à certaines lois édictées par un chef d'État, le duc. Or, ce duc est à la fois souverain en son duché et vassal du Roy de France. Il peut donc mener son duché comme il l'entend tout en respectant son serment fait au Roy, ce qui limite, bien sûr, ses possibilités d'initiatives.

Vous remarquerez au passage que les vassaux du duc, par exemple les barons anoblis au sein du duché, ne sont pas vassaux du Roy. Ces barons ne doivent alors loyauté et assistance qu'au duc, et non au Roy. En France, l'ensemble des vassaux du Roy, c'est-à-dire les ducs et les comtes qui sont en poste à la tête des provinces, forment le groupe des Grands Feudataires.

Je vous ai raconté tout cela pour que vous compreniez bien dans quelle structure s'inscrivent les relations diplomatiques dans nos sociétés féodales. Ces précisions peuvent vous apparaître superflues mais croyez-moi, j'ai rencontré tant d'ambassadeurs qui n'y comprenaient en fait rien que j'estime essentiel d'en passer par là.

Passons maintenant au dernier point dans les concepts de base: la guerre et la paix.

Pax Optima Rerum, voilà ma devise, celle que vous trouverez dans mon blason. Pax optima rerum, quas homini novisse datum est; pax una triumphis innumeris potior; pax, custodire salutem et cives aequare potens. La paix est la meilleure chose que l'humain puisse connaître; la paix est supérieure à un millier de triomphes; la paix a le pouvoir de garder nos vies et d'assurer l'égalité entre les citoyens.

La paix doit être l'idéal qui motive le diplomate. C'est sa grande mission.

Mais abandonnez tout de suite les idées romantiques qui courent généralement sur la question. La paix est précieuse, certes. Toutefois, la guerre peut être considérée comme tout à fait légitime en tant qu'outil ultime de l'État, nonobstant toutes les justifications possibles au cas par cas. Ce point de vue sera discuté dans l'année 3 du cours de diplomatie, lorsque seront abordées les différentes écoles de pensée dans les théories des relations entre les États.

Pour les besoins de ce cours-ci, je vous demanderai de vous rappeler que la guerre n'est pas la fin de la diplomatie. Au contraire! C'est au diplomate que revient le devoir de limiter les dégâts en continuant de plus belle les négociations de cessez-le-feu et éventuellement la signature d'un traité de paix. La diplomatie se doit d'être active et efficace en tout temps, quel que soit le statut des relations entre les États.

Autrement dit, si le diplomate doit avoir un idéal de paix, il se doit également de se montrer pragmatique dans son travail. Il ne pourra pas toujours permettre d'éviter les conflits armés mais selon sa compétence, son influence et sa capacité de négociation, il pourra très certainement contribuer à alléger les souffrances de la population.

Nier la souveraineté d'un État ne veut pas forcément dire prétendre qu'il n'existe pas. Cela veut dire qu'on nie son droit à prendre des décisions pour lui-même ou à occuper un certain territoire, par exemple. Ainsi, une déclaration de guerre implique forcément une certaine reconnaissance de l'existence de l'autre; cependant, si la déclaration de guerre est une agression - et non pas une réaction de défense contre un agresseur - il s'agit en effet d'une négation de la souveraineté en ce sens qu'on veut lui enlever par les armes son droit à occuper un territoire ou à prendre certaines décisions pour lui-même. Toutefois, nul besoin d'une déclaration de guerre officielle pour nier la souveraineté d'un autre État. Par exemple, l'annexion pure et simple d'un noeud ou d'une ville, même sans déclaration de guerre, est une négation importante de la souveraineté de l'autre sur cette portion de territoire.

La déclaration de guerre officielle est une façon pour celui qui la fait de montrer sa civilité et d'en appeler à une réaction tout aussi officielle. C'est surtout une question d'honneur et de symboles. Par ailleurs, la présence d'ambassadeurs chez l'un et l'autre montre effectivement une certaine reconnaissance de souveraineté.
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Sam 17 Mai 2014 - 13:51

Arielle_de_siorac a écrit:On peut avoir plus d'un suzerain car il y a plusieurs degrés d'allégeance dans le système vassalique. Prenons l'exemple de mon époux, Jeanjacob de Gilraen. Il est à la fois comte de Hoorn et donc vassal de Hollande, et baron de Veurne et donc vassal de Flandres. D'aucuns pourraient penser que puisque son fief le plus prestigieux se trouve en Hollande, c'est à cette dernière qu'il doit sa loyauté ultime. Or, il n'en est rien, car suivant ses convictions personnelles, il a prêté son hommage-lige, c'est-à-dire le plus important, au comté de Flandres. Cela signifie qu'il sert loyalement les deux comtés mais que s'il devait être confronté à un choix entre ces deux allégeances, c'est du côté des Flandres qu'il se rangerait. Dans ce cas, il sait fort bien qu'il perdrait assurément le comté de Hoorn pour avoir manqué à son devoir envers la Hollande.

En ce qui a trait aux différents serments que vous avez pu voir et entendre, sachez qu'il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer leur particularité. Certaines personnes sont anoblies directement par le Roy pour services personnels extraordinaires. D'autres vivent simplement en Domaine royal, ce qui signifie que leur chef d'État est en réalité le Roy, dont le pouvoir dans la province s'exerce par le duc ou le comte en place. D'autres encore peuvent aussi avoir des coutumes locales spéciales qui imposent un protocole aux motivations pouvant sembler obscures à celui qui n'en connaît pas l'histoire.

À propos d'un souverain qui aurait un fief vassal d'un autre souverain, à l'instar du Roy d'Angleterre également duc de Normandie, il est tout à fait possible d'être aussi haut placé et être néanmoins vassal d'un autre. Cependant, c'est une situation non seulement très inconfortable pour tout le monde mais aussi hautement dangereuse, comme l'Histoire nous l'a démontré. S'il prête allégeance à un autre roy, il met sa personne et donc son propre royaume en position d'infériorité vis-à-vis cet autre roy, ce qui serait inacceptable pour n'importe quel souverain. Il est donc aisé de comprendre pourquoi le roy d'Angleterre a manqué à son serment envers le roy de France. Toutefois, ce faisant, il a aussi automatiquement perdu tous ses droits sur la Normandie, malgré ce qu'il a pu prétendre par la suite.

Enfin, je précise que ceci n'est guère un cours sur la vassalité! Et si je me trompe peut-être sur les termes exacts à employer dans un cas ou un autre - eh non, je ne suis pas infaillible! - l'important est que vous ayez saisi les principes de la souveraineté et les limites imposées à cette dernière par la vassalité.

Je vous ai parlé des relations au sein de la société féodale afin que vous puissiez comprendre quels sont les mécanismes qui lient les provinces entre elles au sein d'un même royaume ou empire, de même que les relations particulières que ces même provinces entretiennent avec le Roy, l'Empereur et les entités étrangères. Cela vous sera essentiel pour être compétents en diplomatie.

Il n'est pas question de "tolérer" les diplomates pendant une guerre. Ces derniers ont leur place légitime dans l'échiquier qui décidera de l'issue du conflit. Pendant que les soldats s'affrontent sur le champ de bataille, les diplomates continuent de rechercher le dialogue afin de trouver le plus rapidement possible des points sur lesquels il est possible de s'entendre. Ils soutiennent également le travail des services secrets dans leur recherche d'informations sensibles. Et lorsqu'une trêve annonce la fin des hostilités, ce sont encore les diplomates qui vont négocier les termes d'un traité de paix en collaboration avec leurs collègues militaires. Par ailleurs, comme je vous l'ai déjà dit plus tôt, un diplomate peut aussi prendre les armes pour défendre son pays. Je l'ai fait moi-même et j'ai connu une majorité de collègues qui le faisaient aussi. Alors vos calculs sur les efforts de guerre comparés des uns et des autres sont inadéquats, je le crains.

Au sujet de la superposition des allégeances, il est vrai que dans l'absolu, un baron vassal d'un duc peut par exemple décider de nuire au roy duquel le duc est vassal, car il ne lui doit rien directement. Cependant, il serait bien sot de le faire, en particulier parce qu'en agissant ainsi, il mettrait son duc dans l'embarras et se couvrirait donc de honte. Aussi, si le roy réclame de l'aide, son vassal le duc est tenu de lui fournir et, de ce fait, il commandera au baron d'aider aussi. Mais attention, si le baron refuse d'obéir, c'est vis-à-vis du duc qu'il devient félon, non du roy. Dans un même ordre d'idées, si le duc refuse d'aider le roy, c'est lui le félon, et non le baron qui n'a de fait rien à voir avec le roy. Néanmoins, de par son simple statut, un roy (ou un empereur) mérite toujours le respect de tous et chacun, qu'on soit son vassal ou non.

Je vous ai fait remettre vos devoirs corrigés. Pour l'instant, la moyenne du groupe est de 18/20, ce qui démontre que la plupart d'entre vous avez parfaitement compris la matière. Je vous félicite! À ceux qui ont eu plus de difficultés, je vous invite à venir me poser des questions en privé si vous souhaitez réviser des points que vous auriez moins bien assimilés.

Je vous fournirai le corrigé du premier devoir lorsque j'aurai reçu et corrigé les copies de tout le monde. Pour l'instant, quelques retardataires doivent encore me remettre leurs réponses.

Voici déjà l'énoncé du deuxième devoir, que je vous donne aussi à l'avance afin que vous puissiez prendre tout votre temps pour réfléchir aux réponses tandis que je vous donnerai la matière dans les deux prochaines semaines. J'attendrai vos copies au plus tard le lundi 6 septembre prochain, à minuit. Encore une fois, si vous savez que vous me le remettrez en retard, avertissez-moi d'avance et il n'y aura aucun problème.

J'entame à présent la deuxième partie du cours, celle dédiée au diplomate lui-même.

Le chef d'État doit entretenir des relations avec les autres chefs d'État, en plus de savoir ce qui se passe au-delà de ses frontières. Or, puisqu'il ne peut pas être partout - et qu'en plus, il n'a pas que cela à faire - il délègue la responsabilité des relations extérieures à un chancelier.

Ce dernier a donc le devoir de veiller à toutes les relations avec les autres États en plus de s'arranger pour être au fait de tout ce qui se passe à l'extérieur qui pourrait être pertinent pour sauvegarder les intérêts de l'État. En cela, le rôle du chancelier est très proche de celui de chef des services secrets. D'ailleurs, une collaboration est nécessaire entre les deux; parfois, il s'agit de la même personne.

Vous remarquerez que d'une province à l'autre, le vocabulaire change un peu. En effet, en plusieurs endroits, le chancelier tel que je vous le décris est plutôt appelé chambellan. Ailleurs, la différence est nette entre les deux: le chancelier est responsable de la diplomatie tandis le chambellan est le bras droit du chef d'État, celui qui le remplace en cas de besoin. Par exemple, en Béarn, il fut un temps où j'étais à la fois chancelière, c'est-à-dire que je dirigeais la diplomatie béarnaise et que j'étais à la tête de la chancellerie, et à la fois chambellan, c'est-à-dire que je devais remplacer le comte lors de ses absences, malheureusement fréquentes.

Ainsi, quand on doit s'adresser au chancelier ou au chambellan d'une autre province, il est important de se renseigner au préalable afin de savoir quel rôle exactement on attribue à cette personne dans cette région, ceci afin d'éviter tout imbroglio fâcheux. Pour les besoins du cours, notez que j'utilise le mot chancelier.

Le chancelier ne pouvant lui non plus être partout à la fois, il délègue à des ambassadeurs. Ces derniers sont généralement assignés à un ou deux autres États chacun avec lesquels ils devront entretenir des relations, préférablement amicales bien sûr. L'ambassadeur devient donc le premier responsable des liens qui peuvent être tissés entre deux contrées; il est là pour construire les relations et pour veiller aux intérêts de son État auprès de l'autre. Dans les prochaines semaines, nous verrons plus en détails ce qu'il doit faire concrètement pour accomplir son travail.
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Sam 17 Mai 2014 - 14:00

Arielle_de_siorac a écrit:Passons maintenant aux devoirs et obligations du diplomate.

Le chancelier et l'ambassadeur sont soumis essentiellement aux mêmes devoirs et obligations l'un et l'autre, le chancelier ayant en fait délégué une partie de son travail à ses ambassadeurs. Bien sûr, des différences existent mais de façon générale, on peut relever trois devoirs et deux obligations qui s'appliquent à tous les diplomates.

D'abord, le devoir de représentation. En effet, vous vous en rappelez, le diplomate a pour fonction première de représenter son État auprès d'un autre. Cela signifie qu'à l'extérieur de sa province, il incarne l'État à la place de son chef d'État. On lui doit alors le respect d'une telle charge, mais il doit aussi agir en conséquence, avec dignité: il n'est plus simplement lui-même, il est l'État. Son comportement doit donc servir les intérêts de l'État, et non ses propres fantaisies.

Le deuxième devoir est celui le plus souvent trahi car le plus mal compris. Il est pourtant aussi important que les autres; y manquer peut même aller entraîner un procès pour haute trahison, dans des cas extrêmes. Il s'agit du devoir de réserve, qui consiste à observer une retenue dans l’expression de ses opinions, notamment politiques. En effet, puisque le diplomate représente l'État à l'étranger, il serait malvenu d'aller en critiquer les institutions, ou même simplement les décisions. Bien sûr, cela limite quelque peu la liberté d'expression dont tant d'autres aiment à abuser; c'est le prix à payer pour exercer un si beau métier. Cela ne signifie pas qu'un diplomate ne puisse jamais dire ce qu'il pense! Mais il est si facile et tentant de manquer à son devoir de réserve qu'un diplomate doit redoubler de prudence quand il s'aventure à émettre des commentaires personnels sur l'État qu'il représente.

Ce devoir est parfois confondu avec le dernier, celui du secret: nécessairement, le diplomate manipule des informations confidentielles ou sensibles au cours de son travail. Ces informations peuvent être de toute nature, politique, militaire ou économique, par exemple. Or, il lui est interdit de divulguer ces informations sous peine encore une fois de risquer d'être accusé de haute trahison.

Par ailleurs, un diplomate est soumis à une obligation de présence. En effet, puisqu'il représente son État, il a de lourdes responsabilités à assumer. La moindre des choses est d'être présent physiquement et mentalement, à son poste. Normalement, on exige d'un ambassadeur qu'il fasse rapport à son chancelier à toutes les semaines, afin de permettre un suivi efficace de tous les dossiers, qu'ils soient urgents ou à plus long terme. De son côté, le chancelier est tenu d'être présent tous les jours en sa chancellerie et au conseil, en plus de participer aux différentes réunions ponctuelles qu'il peut y avoir, par exemple dans la coordination d'une défense collective de plusieurs provinces contre une menace commune.

Enfin, un diplomate a une obligation d'information. Il doit se tenir informé de tout ce qui pourrait être pertinent à savoir; il doit en outre transmettre ces informations à ses supérieurs. Retenir des renseignements utiles peut avoir des conséquences très graves! Aussi, plaider l'ignorance n'est pas valable, car s'il est démontré que le diplomate aurait pu sans problème obtenir ces renseignements, il se rend également coupable d'avoir manqué à cette obligation.

Avez-vous des exemples à proposer pour illustrer ces devoirs et obligations?
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Sam 17 Mai 2014 - 14:04

Arielle_de_siorac a écrit:Je vous concède que la différence entre un devoir et une obligation est fort ténue. Dans les deux cas, le diplomate se doit d'obéir à une règle sous peine de risquer des représailles. Je tenterai une explication en disant que le devoir émane de l'intérieur, de la nature même d'un rôle qu'on assume; dans ce cas-ci, celui de représentant de l'État. De son côté, l'obligation est imposée de l'extérieur, par les institutions au sein desquelles nous évoluons et que nous devons contribuer à faire fonctionner; dans ce cas-ci, la chancellerie.

Il va sans dire que je n'exige de personne de maîtriser la différence entre ces deux notions. Ce qu'il vous faut comprendre, ce sont les cinq règles que j'ai énoncées plus tôt. Au fait, pour répondre à votre question, ce sont les mêmes qui s'appliquent partout, que l'on soit ambassadeur en France, en Sainct-Empire, au Portugal, au Danemark, en Empire ottoman... Il ne s'agit pas de lois comme telles, vous ne les retrouverez pas dans les corpus législatifs. Il s'agit seulement des préceptes de base du métier de diplomate, qui sont appliqués partout sans être nécessairement écrits quelque part.

En ce qui a trait à l'obligation d'information, elle n'est dirigée que vers le chef d'État. Le peuple n'a pas à tout savoir, au contraire! Cela mettrait inutilement l'État en danger. D'ailleurs, c'est le chef d'État que l'ambassadeur représente, et non le peuple qui vit au sein de cet État. Au fait, attention à ne pas confondre élections et démocratie: nous vivons en des sociétés féodales où la notion de démocratie n'a pas sa place. S'il y a des élections, c'est seulement parce que le Roy et l'Empereur ont eu l'infinie bonté de laisser aux populations le loisir de choisir ses maîtres. C'est donc le chef d'État qui est souverain, et non le peuple.*

Bien, d'abord, le devoir de représentation. Évidemment, devenir ambassadeur ne signifie pas aller se cloîtrer dans une vie monastique! Vous pouvez encore faire la fête, participer à des tournois, et ainsi de suite. Mais assurez-vous néanmoins d'être toujours digne de la charge qui vous incombe, même aux heures les plus folles des festivités. Rappelez-vous que vous êtes ambassadeur en tout temps, et pas seulement entre les murs des chancelleries.

Ensuite, le devoir de réserve (et non le "droit")... Le diplomate ne peut pas exprimer ses opinions personnelles à propos des politiques mises en place par le chef d'État. Il doit vivre avec elles, les appliquer et les faire respecter comme si elles étaient les siennes, même s'il ne les approuve pas. C'est son devoir. S'il en est incapable pour une raison ou une autre, il ne peut que démissionner. Et s'il refait ce manège à chaque élection... il n'est manifestement pas fait pour être diplomate. Car pour exercer ce métier, il faut savoir mettre de côté ses convictions intimes et servir des intérêts plus grands que soi-même. Et peu importent les gens qui penseront ensuite que le diplomate défend ses opinions personnelles; ceux-là sont des ignares qui ne comprennent rien à rien. L'essentiel est de faire son travail, non de faire connaître ses propres idées.

Toutefois, si vous avez assez de finesse et que vous vous adressez à des êtres intelligents, ces derniers pourront tout de même comprendre, au-delà de votre discours officiel, votre position personnelle vis-à-vis une politique. Souvent, c'est ce qu'on ne dit pas qui est le plus éloquent!

À propos d'un changement de politique d'un gouvernement à l'autre, est il vrai que vous pouvez vous retrouver en situation délicate s'il y a un changement radical de discours. Votre crédibilité auprès de vos homologue sera alors en jeu mais il y a moyen de faire en sorte que cela ne vous entache pas. Soyez toujours transparent sur votre rôle et sur l'origine des messages que vous devez véhiculer; les autres comprendront aisément que vous faites votre travail, ni plus, ni moins. En outre, j'en reviens à la différence entre le politicien et le diplomate. Tandis que le politicien s'enflamme, qu'il tient des propos incendiaires, passionnés, parfois exagérés, le diplomate doit rester prudent et modérer ses paroles avec subtilité. Si un chef d'État décide de dénigrer son prédécesseur, l'ambassadeur, de son côté, devra simplement s'abstenir de louanger le prédécesseur en question. Tout cela est une question de dosage.


* [HRP] C'est une erreur courante dans les RR de penser que l'on est en démocratie à cause des élections. C'est normal, ce jeu est rempli de paradoxes et d'anachronismes. Mais même si c'est difficile à admettre, il faut comprendre que le véritable système des RR est la féodalité. Les élections ne sont là que pour permettre une mobilité sociale qui n'existerait pas autrement, cela afin d'améliorer l'intérêt du jeu pour les nouveaux joueurs. Si vous comprenez cela, vous saisirez aussi du coup bien des subtilités dans les RR. [/HRP]
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Sam 17 Mai 2014 - 14:09

Arielle_de_siorac a écrit:Permettez à présent que j'enchaîne tout de suite avec la suite du cours, à savoir la personnalité idéale d'un bon diplomate.

Le diplomate doit être très calme c'est-à-dire garder toujours son sang froid. Sa patience est quasi infinie; il est en parfait contrôle de lui-même et de ses émotions.

Bien sûr, avoir de la conversation aide énormément à tisser des relations avec des gens très différents les uns des autres, ce qui lui sera fort utile. Il en va de même pour le sourire charmeur, qui peut par contre s'effacer quand il s'agit de faire une mise au point sérieuse. De l'humour aussi facilite le tout.

Par contre, un bon diplomate n'est jamais hypocrite. S'il est malhonnête dans ses paroles ou dans ses actes, cela se saura, cela se sentira. Et sa crédibilité en sera irrémédiablement affectée. Non, un bon diplomate est exactement le contraire: il dit toujours la vérité, ou du moins une partie de la vérité. Tout son art consiste à la dire de façon à ce qu'elle soit bien reçue.

D'ailleurs, la diplomatie repose sur une parfaite maîtrise de la langue. La première condition est donc de s'exprimer clairement et simplement, en ayant conscience du niveau de langage que l'on utilise. Souvent, les mots peuvent être interprétés selon plusieurs niveaux: une phrase anodine peut en réalité être assassine, un compliment peut être en fait une injure, un oui peut être un non et un non peut être un "nous verrons". Le bon diplomate doit donc pouvoir jouer avec aisance avec les mots, leurs différents sens et les messages qu'ils peuvent cacher.

Le bon diplomate doit faire preuve d'un certain caractère en ce sens qu'il ne doit pas se laisser marcher sur les pieds, car lui manquer de respect, c'est en manquer aussi pour l'État qu'il représente. Par le fait même, il lui faut se comporter avec la dignité requise par un tel rôle.

Être cultivé et intelligent, c'est aussi fort important. Le bon diplomate doit en savoir un minimum sur l'histoire, sur la politique, sur les réalités sociales, enfin sur tous les aspects de la vie afin de pouvoir justement travailler avec intelligence. En cela, la curiosité que vous évoquez, Damoiselle Cleopatre, est tout indiquée: il s'agit de se montrer curieux des choses de la vie, de vouloir apprendre, de s'intéresser aux gens et aux choses pour développer sa culture générale.

Par ailleurs, c'est en effet fort important d'avoir un excellent esprit d'analyse, un bon sens de l'observation et la capacité à synthétiser l'information. Ainsi, le diplomate peut déceler les mensonges parmi les vérités, arriver à lire entre les lignes, décrypter ce qui se cache dans l'esprit des autres et en retirer l'essentiel de ce qu'il y a à savoir.

Pour ce faire, il doit bien sûr faire preuve d'empathie. Le diplomate ne fait pas qu'écouter ce qu'on lui dit, il fait de l'écoute active: il observe, il questionne et cherche ce que ses interlocuteurs veulent exactement. Nous verrons dans l'année 2 de ce cours comment mener de bonnes négociations mais pour l'instant, je vous demande de retenir que la question n'est pas de savoir ce que vous penseriez à la place des autres, mais plutôt ce que les autres vont véritablement penser.

Vous savez, tout ceci peut vous sembler une montagne mais rassurez-vous: vous pouvez faire un excellent travail en diplomatie sans nécessairement être tout cela. Soyons francs, nous sommes tous humains et nul ne peut en permanence incarner ce diplomate de rêve. Je vous dessine simplement le portrait du diplomate idéal, ce vers quoi tout nouvel ambassadeur devrait tendre pour tenter de s'améliorer.

J'en viens à vous préciser également qu'il n'est pas nécessaire d'avoir déjà une longue expérience de la vie pour être un bon diplomate. Bien sûr, cela aide mais n'est guère un prérequis.
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Sam 17 Mai 2014 - 14:13

Arielle_de_siorac a écrit:Passons à présent au réseau de contacts. C'est là votre atout le plus précieux en tant que diplomate. Pour être capable d'aller chercher les informations dont vous avez besoin pour faire votre travail, vous devez l'étendre et l'entretenir bien au-delà des simples échanges habituels qu'on a tous au sein de nos cercles familiaux et d'amitiés.

J'ai moi-même connu beaucoup de succès en tant qu'ambassadrice dès mes débuts, alors que j'étais fort jeune, à peine arrivée en mon village angevin. J'étais alors plutôt ignorante des choses de la vie comme de l'histoire du monde et des jeux politiques dans lesquels j'étais emportée. Ce qui m'a permis de réussir, c'est non seulement la curiosité que j'ai eue envers ce monde nouveau pour moi, mais aussi bien sûr le professionnalisme dont j'ai fait preuve et surtout, mon souci de connaître à fond les lieux où je devais représenter mon duché.

Cela implique bien entendu de se rendre sur place au moins une fois pour un voyage de quelques semaines. Le tout ne peut pas se faire à distance, enfin pas au début.

Cela était d'autant plus vrai depuis certains changements dans le monde empêchant les voyages express...

Très présente autant là-bas que dans mon bureau où je devais rendre des comptes, je me suis fait un devoir d'être de toutes les soirées mondaines, de toutes les fêtes villageoises, de tous les rassemblements où je serais susceptible de lier connaissance avec la population locale. Usant de charisme et de belles manières, je suis rapidement devenue la coqueluche des soirées mondaines, en plus de faire le tour des villages pour rencontrer les paysans. Sans jamais me mêler des affaires locales, j'ai néanmoins félicité les candidats lors des élections. Je n'ai négligé ni le Régent d'Angleterre, ni les hauts nobles, ni les humbles roturiers, ni même les mercenaires, tous pouvant se révéler utiles. J'ai entretenu ces relations pour gagner la confiance des gens, usant de patience et de persévérence, et restant toujours honnête sur mon rôle et mes objectifs, ce qui fut apprécié et ajouta à ma crédibilité.

Éventuellement, la qualité et la diversité de mes contacts m'ont permis d'en savoir très long sur l'actualité et les jeux de coulisses, en plus de gagner en influence personnelle, du fait de ma réputation et de mon accès à des informations privilégiées.

Je précise que malgré la transparence dont j'ai toujours fait preuve et qui m'a bien servie, je n'ai jamais publicisé mes contacts afin de préserver les relations que j'avais avec eux. En effet, il faut veiller à protéger ses sources d'information si on veut pouvoir continuer à échanger avec elles; je dis cela dans les cas où ces relations peuvent être controversées, par exemple s'il s'agit d'un mercenaire.

L'important est de toujours rester honnête car si on joue un double jeu, ça se sait rapidement. Il faut donc rester transparent tout en évitant de révéler ses secrets: si on ne peut révéler une source d'information, on le dit, tout simplement.
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Sam 17 Mai 2014 - 14:19

Arielle_de_siorac a écrit:La séduction dont je parle n'a rien à voir avec une quelconque attitude libertine, vous l'aurez compris. Il s'agit plutôt de se montrer charmant, attentionné et avide de connaître les autres. Croyez-moi, si vous êtes sympathique et que vous montrez votre bonne foi, les gens vous pardonneront gentiment votre ignorance des coutumes locales; plus encore, ils se feront un plaisir de vous les expliquer.

En ce qui a trait à l'entretien des contacts et la collecte d'informations, j'admets que je suis une adepte des MéSaNges, qui n'ont pas leur pareil en termes d'efficacité et de rapidité. C'est là un outil fort utile que je vous conseille d'adopter.

À ceux qui ne partagent pas mon affection pour l'ornithologie, je ne puis que vous dire qu'il vous faudra travailler d'autant plus fort à tisser des liens très étroits avec un réseau de contacts qui pourront vous tenir constamment au courant des nouvelles par missive privée. C'est une tâche lourde, mais elle est essentielle à la conduite de votre office. À vrai dire, j'entrevois mal comment on peut prétendre être suffisamment au fait de l'actualité chez soi et ailleurs si on ne se sert que des missives privées; néanmoins, je suppose qu'on peut y arriver tant bien que mal, avec énormément d'efforts.

À propos de l'utilité des relations avec les provinces éloignées, il est certes moins pertinent de tisser des liens serrés au-delà d'une certaine distance géographique, sauf en des cas précis où l'on a besoin d'un appui particulier. Je songe notamment à la Bretagne qui, historiquement, a eu tout intérêt à entretenir son amitié avec la Provence, du fait de leur situation similaire. Une telle alliance peut tout à fait se révéler stratégique. Mais outre ce genre de contexte particulier, la difficulté des voyages fait en sorte que bien peu de provinces ont les moyens d'envoyer des ambassadeurs à des centaines de lieues de distance. C'est bien dommage, car des contacts et informations éventuellement utiles sont ainsi perdus. Cependant, il vaut mieux se concentrer avant tout sur les contrées voisines, peut-être à l'intérieur de 7 jours de marche, environ.

Je vous rends vos devoirs numéro 2 corrigés. Encore une fois, je suis fière de vous! La moyenne du groupe est de 19/20.
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Jeu 22 Mai 2014 - 20:04

Arielle_de_siorac a écrit:Nous voici rendus à la troisième partie du cours, celle portant sur les outils législatifs du diplomate.

En effet, au-delà du contrôle des informations, le diplomate dispose de certains outils législatifs qui lui permettent de poser divers gestes pouvant largement contribuer à l'accomplissement de la préservation de la paix. Je vous propose trois grands types d'outils qui sont les plus susceptibles de vous servir: le traité, la déclaration et la charte.

Voyons d'abord le traité, document fort connu et usité. Pouvez-vous me nommer quelques exemples de traités parmi les plus courants?
Attardons-nous aux traités.

Un traité est en fait en contrat signé entre deux États qui s'engagent à en respecter les clauses. En principe, le traité peut donc toucher n'importe quel domaine d'intérêt où les États pourraient établir des accords, que ce soit militaire, économique, politique, diplomatique, social, culturel, ou tout autre qui puisse advenir.

À propos d'un traité, il importe de se rappeler qu'en tant que contrat, il est contraignant. Autrement dit, une fois que les États le signent, ils doivent le respecter. Ce n'est pas optionnel! Cependant, comme vous vous en rappelez, un État est souverain et traite avec les autres États d'égal à égal, et non de façon subordonnée. Cela signifie que si un État signe un traité et décide ensuite de ne pas le respecter, il n'y a pas d'autorité supérieure pouvant venir l'obliger à le faire. Toutefois, en brisant les termes de son contrat, l'État s'expose à une revanche de la part de son partenaire floué. Cela peut aller du simple blâme à une déclaration de guerre, en passant par des représailles commerciales. On ne doit donc jamais signer un traité à la légère.

Un traité se divise généralement en deux grandes parties.

La première, qui sert en quelque sorte d'introduction, est nommée préambule. Ce ne sont pas tous les traités qui en ont un mais il est préférable d'en inclure si vous composez un traité. Il énonce rapidement les raisons qui ont poussé les États à établir ce contrat, les grands principes qui sous-tendent le traité, de même que les autres documents (traités, déclarations ou chartes) qui sont importants à considérer pour comprendre dans quel contexte s'insère le traité en question. Un préambule peut donc ressembler à ceci:

Le Duché de X,
Le Comté de Y,
- Considérant qu'ils sont des partenaires naturels de par leur proximité géographique, historique et culturelle,
- Conscients des avantages mutuels qu'ils tirent de leurs échanges commerciaux,
- Convaincus de la nécessité d'assurer la stabilité des routes commerciales pour leur épanouissement économique commun,
- Reconnaissant l'importance d'échanges économiques sains pour la préservation de la paix dans la région,
- Rappelant le Traité de coopération économique qui favorisait les échanges entre X et Y sous le règne du duc Machin,
Conviennent de ce qui suit :

La deuxième partie est le corps principal du traité, là où l'on énonce les articles, qui peuvent être regroupés en sections selon les thèmes visés. Chacun de ces articles doit contenir une seule idée mais peut être décliné en plusieurs alinéas qui développeront cette idée. Par exemple:

SECTION I: DE LA COOPÉRATION

Article premier

1. Le Duché de X et le Comté de Y (ci-après les parties) s'engagent à coopérer dans leurs échanges commerciaux.
2. Les Commissaires au commerce des parties sont des partenaires commerciaux.
3. Les villes et villages des parties entretiennent entre elles des liens économiques sains et paisibles.

Article 2

1. Les parties à ce traité s'engagent à commercer entre elles de façon préférentielle mais non exclusive.

SECTION II: DE LA PROTECTION DES MARCHANDS

Article 3

1. Chacune des parties assure la protection des marchands envoyés par l'autre partie lorsque ceux-ci se trouvent à l'intérieur des limites de son territoire.

Il est important de penser à inclure dans le traité tous les éléments susceptibles d'être pertinents pour la bonne compréhension du contrat, comme les limites géographiques et temporelles du traité, par exemple. De cette façon, on évite à tous les mauvaises surprises.

Pour être en vigueur, un traité doit porter la signature et le sceau de chaque chef d'État concerné et celle d'un témoin, généralement le chancelier. Un ambassadeur n'est pas autorité à signer un traité au nom de l'État qu'il représente. Ce qu'il peut faire, par contre, c'est le rédiger et le proposer.
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Jeu 22 Mai 2014 - 20:11

Arielle_de_siorac a écrit:Voyons à présent la déclaration. C'est un outil beaucoup plus souple que le traité, car comme son nom l'indique, elle n'est là que pour permettre à l'État de déclarer quelque chose, sans pour autant que ce soit contraignant pour lui ou pour quiconque. Ce n'est donc pas un contrat et il n'est guère nécessaire de tomber d'accord avec un autre État pour signer une déclaration.

Il peut s'agir d'une prise de position à propos d'une situation donnée. Par exemple, si le Duché X décide d'attaquer le Comté Y, le Duché Z peut exprimer son indignation par une déclaration où il condamnera le recours à la violence et appellera X et Y à faire la paix.

Ce peut aussi être un simple vœu d'amitié entre deux États qui souhaitent développer plus étroitement leurs relations sans pour autant aller jusqu'à signer un traité pour ce faire.

Enfin, une déclaration peut être faite sur n'importe quoi à propos duquel l'État souhaite s'exprimer. C'est là un outil simple mais très utile en diplomatie car il permet de lancer des messages clairs à sa population et aux autres États sans que l'on soit contraints par un traité.

La charte, quant à elle, est une sorte de traité solennel qui établit les fondations d'une structure plus durable. Elle est donc très contraignante car elle est la base à partir de laquelle l'État doit élaborer ses autres traités et déclarations. Vous remarquerez qu'il peut y avoir des chartes à l'interne dans un État, par exemple pour instituer une assemblée de la noblesse dans un pays donné. Dans le domaine de la diplomatie, les chartes les plus fréquentes sont celles établies lors d'une alliance entre deux ou plusieurs États.

La charte doit nécessairement être pensée pour être effective à long terme. Ce serait en effet un non-sens de faire une charte pour quelque chose d'éphémère! Au contraire d'un traité, il n'y a généralement pas de date d'expiration prévue aux clauses de la charte. Pour cette raison et parce qu'elle servira de base à tout le reste, il convient de se montrer très prudent avant de signer une charte. Il faut penser aux conséquences qu'icelle aura à travers le temps et peser chaque mot afin d'être certain que la charte sera fonctionnelle et satisfaisante pour tous.
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Dim 25 Mai 2014 - 15:41

Kingrade99 a écrit:Passons donc à la suite, une étude de traité :

Au nom du Duché du Lyonnais-Dauphiné et du Duché de Champagne,

A tous ceux qui verront la présente lettre,

Dans leur sagesse, Dame Dotch d'Appérault de Cassel, Duchesse de Champagne et Wulfen, Gouverneur du Lyonnais-Dauphiné, conscient et de Raison selon l'esprit d'Aristote, expriment ici et présentement leur volonté respective d'établir ce traité de coopération judiciaire liant les peuples de Champagne et du Lyonnais-Dauphiné.

La Justice étant la première fonction des différents conseils, ce traité apportera souci aux mécréants qui oseraient se soustraire à la Justice des signataires.
Les différents conseils signataires, en tant que représentants respectifs de leur Duché/Comté renouvellent leurs voeux d'amitié et de respects réciproques.

Article I:
1. En acceptant de signer ce traité de coopération judiciaire, les parties contractantes acceptent que nul ne doit échapper aux procédures légales ni à la Justice du Duché.
2. Si un citoyen est mis en accusation dans l'une des deux régions il devra être soumis aux lois et aux coutumes du lieu de son crime ou délit.


Article II- Procédure judiciaire relatif à ce traité.

II-I-A. Une personne tentant de se soustraire à la Justice du territoire de l'une des parties signant ce traité, il sera soit extradé, soit jugé en accord par les autorités judiciaires compétentes du pays où il aura été arrêté.
II-I-B. Le jugement "en accord" implique une totale coopération entre les juges et procureurs des 2 comtés.
II-I-C. L'accusé aura droit à une juste défense.

II-II. La procedure sera la suivante :

II-II-A. Accusation sur demande du Duché tenant juridiction pour le crime commis. Celui-ci fournira au procureur du Duché jugeant l'Acte d'Accusation et le réquisitoire ainsi que les preuves contre l'accusé (celles-ci devront être fournie au préalable).
II-II-B. L'entière procédure sera sous la juridiction primaire du Duché demandant. Le juge local écrira la sentence en son âme et conscience, mais fournira les motivations de sa décision au duché demandant.
II-II-C. Une entière collaboration est requise entre les autorités compétentes afin de garantir un respect mutuel des lois des 2 duchés.

II-III. Tout délit commis dans le Duché, déjà commis auparavant dans l'autre pourra être poursuivi comme récidive.

Article III:
III-I. Les différents conseils, représentants leur Duché ainsi que leurs successeurs, dès la signature dudit traité, engagent légalement et pleinement leur Duché à respecter ce traité.
III-II. Le non-respect d'une clause de ce traité libère l'autre partie de toute obligation jusqu'à ce qu'une compensation ou qu'un accord puisse etre trouvé.
III-III. Ce traité n'a d'incidence que sur le strict domaine de la Justice.

Artcile IV: L'annulation du présent traité
IV-I. Une annulation unilatérale du présent traité en temps de paix doit respecter la procédure suivante:
IV-II. Pour annuler: Une missive du Comte sera adressée à l'autre Comte. Une déclaration officielle et formelle sera alors publiée dans les gargottes respectives et les ambassades.
IV-III. L'annulation ne stoppera pas les procédures en cours dans l'un ou l'autre Comté et jugement sera rendu.
IV-IV. Des modifications totales ou partielles de ce présent traité peuvent être décidées par consentement mutuel.

Signé a L'ambassade de Champagne, Le 6 Septembre 1454

Au nom du Duché du Lyonnais-Dauphiné :
Anthony de Massigny, dict Le Wulfen, gouverneur.


Alynerion de Fontager, chambellan.


Au nom du Duché de Champagne :
Dame Dotch d'Appérault de Cassel, Duchesse de Champagne
Dame Amarie de Nogent, Chambellan de Champagne

Ce traité vous semble-t-il complet? Clair? Quels commentaires pouvez-vous formuler à son propos? Y a-t-il une façon d'améliorer ce texte?

Si un brigand commet un crime en Champagne et se fait arrêter en Lyonnais-Dauphiné, quel juge devra prononcer la sentence? Sur quelles lois devra-t-il se baser pour émettre son jugement?

D'abord, ce traité est loin d'être clair; la confusion qui en découle peut être un grave problème, car si les deux provinces en tirent des interprétations opposées, cela peut sérieusement affecter leurs relations. Or, s'il est toujours bien de laisser un peu de place à l'interprétation dans des traités (cela afin de se garder une marge de manoeuvre), il faut éviter de signer quelque chose qui, loin d'améliorer la coopération, pourrait plutôt l'anéantir.

Maintenant, en ce qui a trait à ma question, je constate en effet qu'un brigand ayant commis un crime en Champagne et ayant été arrêté en Lyonnais-Dauphiné verra sa sentence prononcée par le juge dauphinois. Toutefois, ce dernier devra avoir collaboré avec le juge champenois avant de prononcer sa sentence.

Cependant, dans ce texte, il est difficile de dire exactement selon quelles lois le brigand sera jugé et c'est là que se trouve le noeud du problème avec ce traité. Logiquement, il devrait être jugé selon les lois de Champagne, puisque c'est là qu'il a commis son crime; les lois du Lyonnais-Dauphiné, elles, n'ont pas été enfreintes. D'ailleurs, ce qui est un crime en Champagne ne l'est pas nécessairement en Lyonnais-Dauphiné.

Ceci dit, peut-on vraiment exiger du juge dauphinois qu'il décide d'une sentence selon les lois d'une autre province? Imaginez un peu le casse-tête si le Lyonnais-Dauphiné signe de tels traités avec toutes les provinces de France... Le juge dauphinois devra-t-il utiliser à chaque fois des lois différentes?

Cela semble peu réaliste, n'est-ce pas? Il s'agit donc de trouver une solution intermédiaire et c'est là où la coopération judiciaire prend réellement son sens. Dès la négociation d'un tel traité, il devrait être décidé quels crimes sont visés et comment les provinces signataires arriveront à harmoniser leurs lois en conséquence. Cela demande une étroite collaboration entre les deux et beaucoup de négociations pour l'élaboration des lois, car bien sûr, aucune province n'a envie de laisser à l'autre le soin de décider de ses propres lois...

Vous voyez un peu la lourdeur de la chose! Oh assurément, la plupart des traités de coopération judiciaire qui sont signés à travers le monde le sont fait de manière quasi mécanique, sans se soucier de tels détails. Généralement, cela ne cause pas d'énormes problèmes. Cependant, il peut arriver que des disputes émergent alors qu'elles auraient pu être évitées si les traités avaient été bien faits et surtout, bien réfléchis.
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Re: Salle de classe

Message par andaine le Dim 25 Mai 2014 - 15:49

Kingrade99 a écrit:On va donc passer à la suite,les traités les plus courants.

Les traités les plus courants: Comme nous l'avons vu, les États peuvent signer des traités sur n'importe quel sujet sur lesquels ils souhaitent conclure un contrat. Néanmoins, certains traités sont plus habituels que d'autres, bien entendu. Vous en avez tous vu ou entendu parler de certains. Chacun a son utilité.

Parlons d'abord d'un traité sur le statut d'ambassadeurs. D'aucuns diront que c'est inutile, que du blabla alourdissant inutilement le travail du Conseil. Sachez que bien que l'utilité d'un tel traité soit moins évidente et concrète que pour les autres, il reste que cela peut certainement servir. Un tel contrat permet en effet d'officialiser et d'encadrer le travail des ambassadeurs avec leurs homologues, en plus de souligner l'importance que l'État accorde à ses relations avec l'autre État. La diplomatie étant, comme la politique, affaire de symboles, c'est là un message important qu'on peut lancer à nos voisins.

Il y a également le traité de coopération judiciaire, qui est probablement le premier à vous être venu à l'esprit. C'est en effet le plus courant et le plus galvaudé. Il s'agir d'établir une collaboration entre les services policiers et judiciaires de façon à arrêter des malfaiteurs qui se seraient échappés. Souvent, les provinces tentent d'en signer avec toutes les autres sans réfléchir à l'applicabilité de ses clauses, notamment si la distance géographique rend difficile les communications. Or, il est pire de ne pas respecter ses contrats que de ne pas les signer dès le départ.

Le traité de coopération économique, de son côté, permet de régulariser certains aspects commerciaux entre les Commissaires au commerce et les maires dans chacun des États. Il peut s'agir d'une simple facilitation de commerce, ou parfois même une entente préférentielle entre les deux. Attention toutefois à ne pas faire de promesses trop contraignantes en ce sens.

Quant à lui, le traité d'amitié peut être considéré comme le point de départ d'une relation plus étroite et durable qui, à terme, pourrait mener à une alliance. En effet, on ne signe pas de tels traités avec tous nos voisins, ce serait absurde. Le traité d'amitié veut donc officialiser un ensemble d'échanges amicaux entre deux États. Encore une fois, la principale fonction de ce traité est symbolique: elle envoie le message d'un rapprochement significatif entre deux provinces.

Enfin, le traité de paix vient mettre un terme à une situation de conflit armé entre deux États. Il est donc ponctuel en ce sens qu'il vient répondre à un besoin immédiat et ne s'applique qu'à un certain moment pour faire cesser une guerre en particulier. Il faut faire attention à ne pas inclure n'importe quoi dans un tel traité: il ne s'agit que de ramener la paix, non de conclure d'autres ententes. Nous verrons dans l'année 2 de ce cours comment éviter les pièges dans la négociation d'un tel traité.

Rappelez-vous qu'un traité ne doit jamais être signé à la légère; chacun doit être soigneusement étudié auparavant. Toutefois, refuser de signer un traité qu'un autre État nous propose peut également froisser ce dernier et créer ce qu'on appelle un incident diplomatique. Il importe de savoir refuser avec tact soit en proposant des modifications au texte de manière à ce que le traité devienne acceptable pour les deux parties, soit en soumettant un autre traité comme alternative, afin de montrer à l'autre que ce que l'on rejette, c'est un contrat précis, non la relation avec lui.

Dans le même ordre d'idées, il faut éviter de s'offusquer si un État décide de ne pas signer un certain traité avec nous. Si l'on respecte sa souveraineté, on lui accorde le droit de prendre ses propres décisions; cela implique de rechercher un accord qui satisfasse les deux parties plutôt que de tenter d'imposer son point de vue.
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Message par andaine le Dim 25 Mai 2014 - 16:32

Kingrade99 a écrit:Bien nous passons au dernier cours avant l'examen final...

Les principales institutions diplomatiques :
Un tour d'horizon des principales institutions diplomatiques. C'est notre dernier sujet à voir avant de passer à la révision. Il sera succinct mais vous aidera à mieux comprendre comment s'articule la diplomatie dans l'espace francophone du monde connu.

Nous avons vu la diplomatie au niveau provincial. Il s'agit des différentes chancelleries où la plupart des diplomates commencent leur carrière. À ce niveau, on trouve de nombreux ambassadeurs et chanceliers plus ou moins expérimentés et compétents. Les traités y sont nombreux, trop souvent mécaniques et irréfléchis.

Il y a également un organe particulier en France qui s'occupe de la diplomatie commune de toutes les provinces du Domaine Royal. Remplaçant à l'occasion les chancelleries dans leur prérogatives, le Salon des Diplomates du Domaine Royal permet aux chanceliers et Secrétaires d'État de chacune des provinces du DR de se rencontrer pour organiser ensemble leur diplomatie et leurs communications.

Par ailleurs, il existe plusieurs grandes alliances qui, si elles ne fondent pas nécessairement une chancellerie spécifique à leur union, doivent tout de même être prises en compte dans le ballet diplomatique. En mon temps, j'ai bien connu l'alliance angevino-bretonne, dont les effets se sont particulièrement fait sentir pendant les guerres d'indépendance de ces deux provinces. Depuis, les relations entre les deux se sont considérablement détériorées et l'alliance a été dissoute. Il en va de même, il me semble, pour l'Alliance du Nord, qui a déjà uni la Normandie, l'Artois et les Flandres. Je crois qu'elle a également été dissoute suite à de graves tensions entre ses membres. L'Alliance du Centre, aussi connue sous l'acronyme ADC, fut longtemps crainte pour sa puissance et son unité. Depuis, elle a perdu en force et en cohérence, au point où je me demande si elle existe encore. Peut-être quelqu'un pourra-t-il nous le confirmer?

Pouvez-vous également identifier d'autres alliances actuelles?

Il convient également de connaître l'existence en France du traité Maathis, du nom d'un de mes anciens collègues qui a jeté les bases de ce document. Il s'agit d'un grand traité multilatéral, c'est-à-dire qu'il regroupe de nombreux signataires qui y ont adhéré un peu comme dans une alliance, mais de façon plus souple. Il vise à favoriser la collaboration entre ses parties, en particulier au niveau judiciaire.

Enfin, à la hauteur des royaumes et des empires, nous retrouvons d'autres chancelleries dont la mission est d'assurer le dialogue entre elles; normalement, elles s'occupent essentiellement des affaires concernant les royaumes ou les empires en entier et ne se mêlent pas des affaires provinciales. À ce niveau, nous retrouvons très peu de traités. Toutefois, c'est le dialogue, le réseau de relations, la qualité des informations et la présence intelligente qui priment, contribuant à l'influence totale du royaume ou de l'empire représentés.

Du côté français, il s'agit des Ambassades royales de France, que j'ai largement construites et longuement dirigées, avant de confier cette institution à mon ami et ancien assistant ici présent, Val1, qui est désormais Grand Ambassadeur royal. Son équipe est réduite par rapport à une chancellerie provinciale car bien sûr, il n'y a pas autant de royaumes que de provinces. Il pourra vous en parler plus longuement si vous le souhaitez.

Enfin, du côté du Sainct-Empire, vous retrouverez la Chancellerie impériale, que je connais malheureusement fort peu. Ce que je puis vous en dire, c'est que la chancellerie impériale a récemment été reconstruite. Feu le duc de Bresse, Leg l'Ancien di Cesarini, avait laissé la chancellerie à l'abandon et donc après bien des soucis, un nouveau chancelier impérial a été nommé. Son nom est Roi-Lézard. L'un de ses adjoints est notre recteur, Sébastien Pirlet. La chancellerie impériale est construite selon le même modèle que les Ambassades royales françaises. La France est l'un de leurs interlocuteurs avec un représentant pour chaque royaume. Il y a des diplomates qui ont la charge de garder le contact, nouer le dialogue avec les pays se dissociant des autres, par exemple la Catalogne ou Valence, bref le travail classique demandé à tout diplomate travaillant pour l'État. Peu de traités ont été signés, à part le traité de non agression avec la France.

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